LIVRE II. —CHAPITRE II
second lut l'invasion de la Syrie, qu'elles revendiquaient, ainsi que l'Asie Mineure, comme une conquête de leurs ancêtres. Ardschir ou Artaxerce, suivant l'orthographe grecque, écrivit à l'empereur une lettre conçue en ces termes : « Le grand roi t'ordonne d'évacuer les pays qui « s'étendent jusqu'à la Méditerranée et jusqu'au Pont- (( Euxin, car ils sont le patrimoine de sa nation^ » Puis, sans attendre la réponse , il lâcha ses ])andes dévastatrices au delà de l'Euphrate.
Alexandre dut partir sur-le-champ avec une armée, car les troupes d'Orient, déjà insuffisantes, étaient paralysées par la crainte. 11 détacha quelques cohortes des trois légions qui gardaient la Gaule sur le Rhin et formaient, avec les auxiliaires, un effectif d'environ (rente mille hommes; mais il puisa i)lus largement dans les neuf légions campées sur le Danul)e. La Grèce, que regardaient surtout les prétenlions historiques des Perses, y répondit en équipant une phalange macédonienne qui forma la garde d'Alexandre. Je n'entrerai pas dans le détail de cette campagne, durant laquelle l'indiscipline et la trahison donnèrent à rem|)ereur autant d'emharras que l'ennemi; en déliniti\e, et malgré de grandes pertes occasionnées par le climat, elle fut honorable pour les armes romaines, et glorieuse pour le caractère et les talents du jeune Auguste^
Mais il était rare que renq)ire romain, placé, à ses deux extrémités, entre les Parlhes et les Germains, n'eût qu'un seul de ces ennemis à combattre en môme temps. La guerre en Orient provoquait la guerre en Occident.
1. Jussum esse Magai Régis Artaxerxis, ut relinquerent Romani et. princeps eonim Syriam omnem Asiamque Europae oppositani. Herodian., vi, 133,
'2. Lamprid., Alex., 133, 13-4 et seqq.
150 IIISTOIKK Dli LA (JALLE.
Du goU'e l'cisiiidc à rocéan du .\oi'(l. les l]ail)ares semblaient s'entendre, el le dépari de (lucUiues lioupes était le signal ordinaire dlme irruplion sur le \H)\\i[ aiïaihli. C'est ce qiréprouvèreiit dans celte occasion la (iaule et rillyrie; la Gaule surtout, qui avait à ses portes les peuples de la coni'édération alamane battus par Caracalla, mais disposés maintenant à prendre leur revanche. Ils forcèrent, en effet, la frontière du haut Rhin ; d'autres peuples les suivirent, et le nord-est de la Gaule se trouva en proie à d'horribles dévastations', tandis que les deux légions du bas Rhin, nécessaires à leur poste, n'osaient se hasardera courir la campagne. Les ressources locales, les milices urbaines, les levées en masse fuient employées vraisemblablement sans grand succès. La Gaule se plaignit donc de l'abandon où la laissait le gouvernement ; elle réclama du sénat et de l'empereur un prompt envoi de troupes, non-seulement dans son intérêt propre, mais, pouvait-elle ajouter, dans l'intérêt même de l'Italie dont les approches étaient menacées.
Le sénat s'émut à ces l'eprésenlations, qu'appuyaient de tristes nouvelles. Sans doute il portait aux guerres d'Orient un intérêt de devoir et de protection paternelle, mais elles le louchaient bien moins que celles d'Europe -. Quelques journées de marche seulement séparaient le Danube et le Rhin de la capitale de l'Empire; c'était en Gaule et en Illyrie que r<'sidait la sauvegarde de Rome \ L'assemblée envoya donc à l'empereur mes-
1. GenuaiioriHii vastationibus Galliii diripiebatur. Lainprid., Alex., 134. — L'ensemble des faits semble indiquer que c'était bien la confédération alamane qui avait fait invasion en Gaule, car toutes les opérations d'Alexandre et de Maxinr.in se dirigèrent sur le haut Rhin.
2. Neque enini par periculum a Persis atque a Germanis impendebat. Herodian., vi, 138.
3. lllyrica? vero gentes, angusta- videlicct, neque multuni agri ronia-