‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 136 sur 353 · LIVRE IL — CHAPITRH IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRH IL

Élagabal lui donna le giade de Iribiin et voulut rattii'er près de lui, mais, par une sorte de point d'iionneur militaire, il repoussa un prince qui ne montrait aucune sympathie pour le soldat et qui déshonorait par ses vices le titre d'empereur ^ Alexandre réussit mieux; il le rappela à Rome, le plaça dans le sénat, et lui confia le commandement général des dépôts des recrues destinées aux armées de la Gaule et de la Pannonie'-. Celte mission d'une grande importance pour l'État, Maxiniiu la remplissait à la satisfaction de tous : les recrues le chérissaient, car il était doux et obligeant pour le soldat, auquel il donnait l'exemple en toutes choses. Sa surveillance et la ponctualité de son contrôle descendaient aux détails les plus minutieux de l'armement, du vêtement, de la chaussure, et il ne changea point quand le hasard eut abaissé devant ses pas ce qu'il y avait de plus élevé dans l'existence romaine. Il avait aimé, et jusqu'alors fidèlement servi Alexandre; mais une âme comme la sienne, pétrie de tous les préjugés de la soldatesque, était accessible aux plus grossières injustices, comme aux plus bj'utales inimitiés. Maximin devint donc, au milieu de la fermentation des légions rhénanes, un des détracteurs les plus passionnés de l'empereur : c'était autour de lui que se tenaient les propos les plus menaçants, et que le soldat se déguisait le moins, assuré qu'il était de la sympathie de son chef.

Un jour, enfin, C[u'il se rendait au champ de manœuvres pour exercer ses recrues ^ suivant sa coutume, elles

\. .T. CapitoL, Maximin., LiO.

'2. Hune igitui- Maxiinimim, oIj cam rci militaris peritiani, tironibus uiiivcrsis Alexandcr pra-fccerat. Hcrodian., vi, 140. — Tirones qui ci ad exerccndiiin dati fucraiit. Lamprid., Alex., 135.

3. Vcnienti de more ad exercendos tirones Maximino... Hcrodian., VI, 141.

160 IMS TOI m. IM LA (iAULK.

senipareiil de lui. .illaciicii! sur ses épaules un morceau d'étoffe de pourpre, destiné à représenter le manteau impérial, et le proclament César et Auguste ^ Longtemps on le vil repousser avec elfoi'L les acteurs de cette scène, les réprimandant, les suppliant avec larmes de le laisser dans son obscurité, et il fallut lui montrer la pointe d'une épée nue et le menacer de la mori, pour qu'il cédât-. Du moins ce fut là le récit de ses amis, de ceux qui tenaient à conserver intacte sa réputation de fidélité militaire; mais cette version n'eut guère créance ni dans l'armée, ni dans la Gaule, ni dans le reste de l'Empire ^ et l'histoire ne l'a poiu' coufinnée. Le nouveau César, à demi roulé dans ce pallium improvisé, fut conduit en triomphe à Mayence, où se trouAait le quartier général de l'empereur. Cette scène se passait le 19 mars 252, au lever du soleil.

Alexandre était alors absent de la ville, occupé à terminer sur le liliin quelques prépai'alifs poui* la campagne qui allait s'ouvrir. Sa mère et ses deux préfets du prétoii'e l'avaient seuls accompagné dans ce. court voyage avec une faible escorte. Ce môme jour, vers la septième heure, arrivé dans le petit bourg de Sicila ^, à quelques lieues de Mayence, il s'arrêta pour dîner, ordonna de dresser les tentes, el prit son repas sous la sienne, en public, comme il faisail toujours, et les pa-

1. Herodian., VI, 1 il.— Lamprid., Alex., 1:^0. — J. Capitol., Maximin. 140, 141. — Gros., \iii, 18. — Zosini., i, 8, 9. — Aur. Vict., Ctps., ^â. — Euseb., Chron.

2. Nudos intentari jïladios vidit, occisiiros ni'^i cedeiet. Herodian., loc. laud.

3. Lamprid., Alex., 135, 13G. — J. Capitol., Maximin., 140, 141.

4. In vico cui Sicila nomen est. Lamprid., Alex., 13ù. — .Aur. ^ict., Ctfis., '24.

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