LIVRE II. — CHAPITRE III
fît bien ^ Il accéléra donc l'ouverture de la campagne; et comme les préparatifs étaient déjà fort avancés, il lui fut possible de partir au bout de quelques jours.
Alexandre avait fait construire sur le Rhin un pont de bateaux pour le passage de l'armée d'expédition. Les troupes commençaient à le traverser, quand Maximin interrompit subitement la marche, et fit saisir un grand nombre d'officiers de tout grade, parmi lesquels plusieurs tribuns, annonçant qu'il tenait les fils d'une conspiration qui mettait en danger non-seulement sa vie, mais la sûreté d'une partie de l'armée. Un complot avait été formé, disait-il, dans le but de s'emparer de lui et de le tuer, dès qu'il aurait mis le pied sur l'autre rive. Les gardes du pont, qu'on avait gagnés, devaient en briser les attaches, tandis qu'au milieu du désordre, on proclamerait empereur Magnus, personnage consulaire, ami d'Alexandre-. On faisait bon marché des troupes déjà passées en Germanie, car on devait les abandonner au fer des Barbares, si elles ne s'engageaient par serment à reconnaître l'élu des révoltés. Tel fut le guetapens que Maximin vint révéler à l'armée, et dans lequel beaucoup de gens s'obstinèrent à ne voir qu'un mensonge^; mais la soldatesque y crut, et, s'imaginant venger sa propre injure, elle se fit l'instrument de toutes les rancunes, de toutes les vengeances du tyran. Le sang coula par torrents. Un grand nombre d'officiers périreni; sans avoir été jugés ni entendus ; des corps entiers furent décimés, et l'on n'évalua pas à moins de quatre mille le
1. Volensexistimationeni de se liabitani tenere, étante omnes Alexaiidri gloriam, queni occiderat, vincere, J. Capitol., Maximin., 141.
'2. Herodian., vu, lil, 145. — J. Capit., Maximin., 141, 14'2.
3. Et istam quidem factioiiem Maxiniinus ipse finxisse perliibetur. J. Capit., Maximin., 1 i'J. — Herodian., iv, 145.
nombre des personnes massacrées'. Exploitant largement la ciiconstance à son proiit, Maximin cassa de leur grade et renvoya du dj-apeau Ions les officiers qui, bien que reconnus innocents, avaient donné à son prédécesseur le moindre signe d'affection. Les sénateurs qui avaient suivi Alexandre, les membres de son conseil privé, durent quitter l'armée sans délai ^ ; i!s se dispersèrent dans les villes voisines, attendant là qu'ils pussent regagner avec sécurité l'Italie et Rome.
Si le complot ne fut pas une pure invention de Maximin, s'il y eut quelque chose de réel dans le projet prêté à une partie de l'armée, de donner un successeur à cet Auguste demi-barbare, quel rôle y jouèrent les corps venus d'Orient? On ne le sait point; mais les supplices duraient encore quand la division des archers osrhoéniens arrêta au passage un de ces officiers dégradés et expulsés par Alaximin, qui cherchaient une retraite dans l'intérieur de la province. Celui-ci, nommé Titus Quartinus\ appartenait à la famille des Pisons, et, par son mérite autant ({ue par son rang, il était entré fort a\anl dans la familiarité du fils de Mammée. Alexandre l'avait même chargé autrefois du commandement de la cavalerie maure ^ Conduit de foice dans le camp des Osrhoéniens, sur les i)ras des soldats, et couvert d'un lambeau
1. Plus i\ millilnis lioniiiuuu occisis se satiare iiou potuit. J. CapitoL, Maximin., 142.
•2. Quare omnes confestiin ainicos coiisiliariosque Alexandri a scnatii lectos sustulit e medio, partimque Romam dimisit, partlm admiiiistrationem rerum causatus ofticio privavit. Herodiaii., vu, 144.
3. Ko'japxïvoç. [d., vn, lio. — Titus. J. Capit., Maximin., li'i. Cf. not. Salm., p. 250. —Titus. Treb. Pollio, Trig. Tyran., 200. Cf. not. Salm., p. 322.