‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 142 sur 353 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

de pourpre, il est proclamé empereur ^ Plusieurs légions se déclarent pour lui, et l'insurrection se soutient quelque temps; mais, une nuit, le commandant des archers, nommé Macédonius, jaloux de l'élévation de Quartinus, autrefois son camarade et son ami, se glisse dans la tente où celui-ci dormait, le poignarde et lui coupe la tète, qu'il porte lui-i;nême à Maximin. Ce gage de tardive loyauté n'abusa pas le Pannonien ; il accueillit Macédonius à bras ouverts, mais pour l'envoyer bientôt rejoindre sans bruit l'ami qu'il avait traîtreusement assassiné-. C'était une anarchie sans nom, une complication effroyable de complots et de supplices qui semblaient naître les uns dés autres. On ne pouvait sortir de cette situation que par la guerre, en détournant sur d'autres objets les préoccupations du soldat. Maximin prit son parti avec une décision remarquable ; il donna le signal de l'entrée en campagne, et se précipita hardiment vers l'intérieur de la Germanie, entraînant sur ses pas Occidentaux et Orientaux, amis et ennemis.

Pour regagner son vieil ascendant sur les troupes, Maximin avait besoin de mouvement, d'engagements corps à corps, d'aventures périlleuses qui fissent doublement biiller sa bravoure et sa force de géant ; il eut soin que rien de tout cela ne lui manquât. Se jetant avec la rapidité de la foudre sur le territoire de la confédération alamannique, il y promena le fer et la flamme, pourchassant. les Barbares à travers les forêts, les montagnes, les rivières, enlevant leurs familles, détruisant

1. Purpura circunidcdcrunt, regioque apparatu ornarunt invitum quidem. J. Capitol., Maximin., 142. — A militibus coactum. Treb. Pollio, Trig. Tyran., 200. — Herodian., vu, 145.

2. Sed Maximinus primas ei gratias agit, postea tanien nt proditorem odio habuit et occidit. J. Capit., nb. supr. — Herodian., vu, liO.

leurs habitations, et ne les laissant respirer qu'après les avoir réduits à merci. Aucun obstacle ne l'arrêtait, il allait jusque dans les marais qui servaient de reiraile à l'ennemi, lui livrer, moitié de pied ferme, moitié à la nage, de ces combats de nature douteuse que les soldats qualifiaient en riant de batailles navales'. Un jour qu'ils hésitaient à attaquer une île protégée par des abatis de bois et ceinte d'un étang profond, Maximin lança son cheval et partit seul-. Assailli par une grêle de pieries et de dards, blessé, renversé dans la fange, il y eût péri si les troupes romaines n'eussent cédé à l'entraînement de son exemple : leur victoire le sauva. C'étaient chaque jour pareilles aventures, pareils traits de courage téméraire. Toujours bataillant, toujours victorieux, il passa des terres des Alamans sur celles de leurs voisins orien taux, les Marcomans et les Sarmates, et vint prendre ses quartiers d'hiver à Sirmium, vers la fin de l'année 236.

Qu'on se figure la terreur et fétonnement des Barbares, au passage de ce torrent qui dévasta leur pays dans une zone de trois à quatre cents milles de long, au nord du Rhin et du Danu])e - ! C'était à qui se garantirait de ses ravages par des soumissions ou des promesses. Les Goths, pour qui le fils de Micca était un frère, et qui ne voyaient pas sans quelque orgueil un César dont le cœur contenait du sang gothique, ne cherchèrenl point à troubler ses liiomi)hes; et quant aux Alains, ses com-

1. Dciiiqiie quasi navale quoddani prœlium in paludc fccit. J. Capitol., Maximin., 142.

2. Primus Maximinus equo paludem ingressus, quum quidem etiam supra alvum equus voragine iiauriretur, magna vi répugnantes barbaros contrucidavit. Herodian., vu, 147.

3. Per CGC vel cccc aiillia barbarie! soli. J. Capit., Maximin., 142.

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