LIVRE II. — CHAPITRE III. 1G
patriotes maternels, ils vinrent sans doute en plus grand nombre que jamais, sur la rive du fleuve, féliciter le iils d'Ababa et lui apporter des présents ^ Enivré par sa fortune, celui-ci ne rêvait qu'expéditions, pour la Vendre plus éclatante encore. 11 fit les préparatifs d'une seconde campagne, au nord des monts Sudètes, qui devait lui soumettre, espérait-il, toute la Germanie jusqu'à l'Océan septentrional-; <( et il l'eût soumise s'il eût (( vécu^ » dit un contemporain qui paraît partager, sur ce point, la confiance de l'Empereur et celle des soldats. Mais cette confiance, qu'il ressentait et qu'il savait inspirer, était le seul beau côté du paire illyrien : hors des questions de bataille, il devenait ridicule ou féroce. II se fit peindre dans son fait d'armes le plus biillant, probablement celui des marais du Mcin, et envoya le tableau à Rome, pour y être attaché à la porte du sénats Ses lettres, rédigées en termes boursouflés et à peine latins, étaient faites pour exciter le sourire de la grave assemblée. « En quelques mois. Pères Conscrits, écrivait- <( il lors de son arrivée à Sirmium, j'ai conduit à bonne « fin autant de guerres que les plus grands capitaines de (> l'antiquité, pendant toute leur vie. J'ai rapporté plus <( de butin qu'on n'en pouvait imaginer. J'ai ramené '( tant de captifs que le sol romain ne suffit pas à les
1. Alani quiciimque ad ripam venerimt, amicum eum doiiis vicissiin ■ recuvreiitibus approbabant. J. Capitol., Maximin., 139.
2. Minitans excisiiruni subacturumque Oceano tenus omnes Germanisebarbaras nationcs. Herodian., vu, 148. — Concupiens usquead Oceanum septentrionales partes in romanam ditionem redigere. J. Capit., Maximin., 143.
3. Id qi'.od ctiam pra?stitiirus videbatur. Herodian., vu, 1 i8. — Qnod fecisset, si vixisset. J. Capit., Maximin., 143.
■i. Herodian., \ii, 148.
i70 FIISTOIIIE DE LA GAULE.
u contenir'. » 11 cnlcndail par là les terrains vacants à coloniser sur la frontière. Si étranges que fussent pourtant ces prétentions et ce style, malheur à qui avait l'imprudence de s'en moquer : la moindre raillerie, le moindre signe d'opposition mettait Maximin hors de lui; et sa vengeance ne se hornait pas aux individus, elle frappait des villes, des cités entières. 11 lui suffisait d'un soupçon, même léger, pour confisquer leurs revenus communaux, pour dépouiller leurs temples, pour faire peser sur elles mille exactions au profit de ses soldats-; et la Gaule, qui se trouvait sous sa main, et dont il eut hientôt à se venger, parce qu'elle prit parti contre lui, la Gaule dut souffrir, plus cruellement que toute autre province, de ces ahominables traitements.
Au reste, on lui rendait bien haine pour haine ; et il se mêlait à faversion un sentiment de honte publique plus blessant pour lui que la haine. On ne l'appelait pas autrement que le Goth, le Cyclope, le Busiris, la bête féroce^; on faisait ouvertement, dans les temples, des vœux pour obtenir sa mort. Les théâtres reten lissaient d'allusions outrageantes à sa force corporelle; on le poursuivait dans le personnage de Milon le Crotoniale, dans les fables tragi-comiques d'Antée et de Typhon; on alla jusqu'à déclamer des vers où il était dit : » Ce qu'un (( seul ne peut faire, plusieurs réunis le fout : l'éléphant (t est gros, et on le tuc; le lion est foit, et on le tue; le
i. Brevi tempore, P. C, tôt bella gessi quot nemo vctcrum. Tantnni praedae in romanum solum attuli, quantum sperari non potuit. Tantuni captivorum adduxi, ut vix sola roniana sufticiant. J. Capitol. Maximin.,