‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 149 sur 353 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

marcher avec lui contre Rome, s'engageant à leur abandonner le pillage de l'Italie. Il les trouva froides et indécises. L'armée hésitait au fond; car ses anciennes divisions, oubliées pendant la guerre, et non pas éteintes, renaissaient dans ce moment critique , compliquées par d'autres rivalités plus récentes ; mais la majorité était animée d'un commun sentiment de colère contre le sénats qui ne ménageait point les soldats dans ses proclamations, et leur reprochait amèrement les maux de l'Empire. Ceux mêmes qui n'aimaient pas ]\Iaximin ne pardonnaient point au pouvoir civil d'avoir cassé, sans l'armée, un empereur consacré par l' élection militaire. Les troupes consentirent donc enfin à partir, sans alTection pour leur chef, mais par esprit de corps, et pour soutenir l'honneur du drapeau. Elles quittèrent Sirmium, au mois de février 238, se dirigeant sur Aquilée, où elles vinrent mettre le siège.

Les mesures avaient été bien prises par le sénat, que les populations secondaient de leur mieux. Partout, à l'approche de l'ennemi, les vivres et le fourrage disparaissaient, les habitations restaient désertes. L'armée n'était pas encore devant Aquilée, que déjà elle manquait de tout, même d'eau. Une longue prévoyance n'entrait pas dans les qualités de Maximin, qui n'était qu'un soldat; et d'ailleurs sa tête, préoccupée de projets de vengeance, devenait incapable de réflexion. L'armée se plaignit : il traita de justes plaintes comme des crimes, et des agents du sénat, se glissant au milieu des mécontents, aigrirent la disposition générale. Quelques échecs assez graves éprouvés devant la place découra-

1. Communes injurias viiulicaiidas. J. Capit., Maximin., lii. — Herodian., vu, iJG.

178 mSTOIRt: DE LA GAULlî.

gèrent Ips uns, iirilèrent les autres. Maxiniin les attribuait à la licence des troupes, les troupes à son inhabileté'. La catastrophe approchait, ot elle présenta de singulières coïncidences avec celle qni, trois ans auparavant, avait renversé Alexandre, et livré le trône au pâtre pannonien.

Un jour, pendant une courte trêve, quelques soldats appartenant aux quartiers du mont Albain, près de Rome, où ils avaient laissé leurs femmes et leurs enfants, s'entretenant des dangers que couraient ces êtres si chers restés sous la main de l'ennemi, se demandèrent impatiemment s'il n'existait pas de remède à tant de maux : la réponse était aisée, et une résolution fut bientôt prise. Il était midi : Maximin reposait dans sa tente-. Ces soldats, saisissant leurs armes, s'y dirigent en bon ordre-, les sentinelles de garde se joignent à eux. Réveillé par le bruit, l'Empereur sort avec son fils; il veut parler, ils ne l'écoutent pas-, il essaye de les fléchir pour ce fils qu'il avait fait César, mais c'est lui qu'ils tuent d'abord, puis ils passent au père, au préfet du prétoire et aux principaux ministres ^ Séparées du tronc, les têtes des deux Maximin furent portées à Rome, tandis qu'on traînait leurs corps dans la rivière qui baignait les murs d'Aquilée. Il y avait entre cette mort et celle d'Alexandre Sévère des rapports trop nombreux, jusque dans les moindres circonstances, pour que l'imagination popu-

•1. Herodian., vu, 167, seqq. — J. Capitol., Maximin., 146, seqq.

2. Timentes milites, quorum affectus in Albano monte erant, medio forte die, quum a prœlio quiesceretur, et Maximinum et filium ejus quiescentes in tentorio positos, occiderunt. J. Capit., Maximin., 146. — Herodian., vni, 176.

3. Herodian., viii, 176. — J. Capit., Maximin., 146, 150. — Zosim., I, 10. — Aur. Vict., Caes., 28; Id., Epit., 28.

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laire n'en fût pas frappée : elle crut y voir un châtiment divin, une expiation fatale de l'embûche de Sicila; et ce fut encore un triomphe pour le sénat de présenter les dieux de son côté.

Cependant, au milieu de ce désordre moral de l'armée, de ces yariations qui la faisaient passer si brusquement de l'enthousiasme à la haine, et de l'affection à la perfidie, quel rôle avaient joué celles des légions rhénanes qui faisaient partie de l'expédition? Avaient-elles soutenu jusqu'au bout le triste règne que leur esprit de mutinerie avait amené? Il ne le paraît pas; car Maximus conserva près de lui plusieurs de leurs cohortes, qu'il mêla vraisemblablement à celles des volontaires gaulois, pour s'en faire une garde personnelle. Plein de défiance envers les prétoriens, il espérait les tenir en respect par le voisinage de cette garde transalpine, brave et dévouée', qui devait le suivre à Rome : nouveaux prétoriens destinés peut-être à remplacer les autres après la complète dissolution de l'armée; prétoriens du sénat et de ses Empereurs. La Gaule, que Maximus voulait s'attacher, fut sans doute flattée de cette distinction; mais la mesui'e en elle-même était imprudente, car le soldat, abaissé devant le gouvernement civil, obligé de subir la loi, voyait des humiliations partout, et il put, avec quelque apparence de droit, se prétendre offensé par cette mise en suspicion du premier corps de l'armée ^

t. Igitur diniisso exercitu reliquo in provincias castraque propria, Romam revertitur ipse, cum stipatoribus iis quibus imperatorum ciistodia incumbebat, cum iis item qui sul) Balbino militabant, itemque auxiliaribus Germanis, quorum potissimum fidei confidebat. Ilcrodian., vin,

2. Angebant prœterea eos Germani quos in urbe secum Maximus retinuerat. Id., ibid.

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