‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 151 sur 353 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

temps f t l'attention des Empereurs. Un jour, Maximus est averti qu'une agitation extraordinaire règne au camp des prétoriens; il prévient Balbinus, et propose d'appeler la garde gauloise : Balbinus s'y refuse, et chacun persiste dans son opinion avec opiniâtreté. Pendant la dispute, les révoltés arrivent, occupent le palais, enlèvent les deux Augustes, et les entraînent dans leur camp. Ils atteignaient déjà le Forum, quand ils voient s'avancer, au pas de course, la garde gauloise, qui venait à tout hasard, appelée par la clameur publique. A son aspect, ils s'arrêtent, tirent de leurs rangs les Empereurs, reconnaissables aux insignes de leur dignité, les égorgent sous les yeux des Gaulois, et abandonnent leurs cadavres sur le pavé. Se portant ensuite -à la demeure du César Gordien, ils s'emparent de lui et le promènent dans les rues en criant « qu'ils ont tué des « princes nommés malgré le peuple, mais qu'ils adop- « tent et confirment l'élu du peuple ^ » Ainsi, dans cette bizarre démocratie, toutes les populaces semblaient se donner la main pour abaisser le sénat, pour empêcher l'afTermissement d'un ordre public régulier. Arrivée trop tard pour être utile, la garde gauloise se retira prudemment dans son camp, où les prétoriens n'osèrent pas l'attaquer. L'histoire, dès lors, n'en fait plus mention ; mais il est probable que Gordien ne la consena point, et la renvoya le plus promptement possible au delà des Alpes.

Telle fut, après beaucoup de sang répandu, l'issue de deux tentatives également stériles : celle de la Gaule, pour donner un maître à l'Empire et ramener la prépon-

1. Vociférantes, jacere ipsoruni manu quos populus ab initio recusaverat, electumque Gordianum, Gordiani nepotem, quem ipse rom. pop. ad imperium corapiilissct. Hcrodian., viii, 182.

dérance à l'Occident, et celle du sénat pour reconstituer le gouvoiiioiiK'nl civil. Il ne s'écoula pas six ans, qu'une révolte inilitairc avail déjà lait disparaître le jeune Gordien, et rendu TEnipire aux Orieiilaux.

Les détails de cette dernière lévolulion sont trop étrangers à la Gaule, pour que je fasse aulre chose ici que l'indiquer. M. Antonius Gordianus fut une estimable, mais pâle copie d'Alexandre Sévère : comme son modèle avait trouvé Ulpien, il trouva, dans le sage et courageux Misithée , son préfet du prétoire et son beaupère, un conseiller, un ami, un tuteur pour lui-même et pour la république. Son adininisti-ation fut consciencieuse et douce, et la Gaule, sans doute, en tira d'heureux fruits; car plusieurs inscriptions parlent de l'attachement que lui portèrent les cités transalpines. La ville de Lectoure se distingua entre toutes par l'offrande d'un taurobole. Ce genre de sacrifice, qu'on regardait comme le plus efficace de tous pour détourner les malheurs privés ou publics, paraît avoir été fort en honneur chez les Lactorates; car ils fournissent, à eux seuls, dix de ces inscriptions que les antiquaires appellent tauroboliques^

Mais ce qui put lui attirer surtout les bénédictions de la Gaule, c'est qu'il garantit, par ses lieutenants, le nord de cette province contre les incursions des Franks, qui paraissent ici, pour la première fois, sur la scène de l'histoire. Aurélien, alors tribun de la sixième légion gallicane, cantonnée près de Mayence, marcha contre eux, et les força de repasser le Rhin, après en avoir tué

1. PRO. SALCTE. niP. M. AMO.\. GORDIAM. Pli. FEL. ACG. ET. SABIN.Î. TP.A.\Q11LL1N.E. ALG. TOTItSQLE. DOMCS. DIVINE. PROQUE. STATL. CIMTATIS. LACTORATEN. TAUROBOI.IUM. FECIT. ORDO. LACT. IllSCript. apud D. BOUq.,

Script, rer. gallic. etfrancic, t. I.

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