‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 165 sur 353 · LIVRE III.— CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III.— CHAPITRE I

sait rien, sinon qu'ils niourui-ent en chrétiens dévoués.

Parmi les femmes gallo-romaines, Julia, Albina, (irata, Rogata, Émilia, Posthumiana, Pompéia, Quarta, Materna, jouissaient des prérogatives de la cité de Rome, à laquelle plus d'une, on peut le supposer encore, était arrivée par ratTrancliissement. Elles avaient pour compagnes An tonia, Jusla, Alumna, Ausonia \ sujettes provinciales peut-être, et Lucia, indigente et veuve, qni habitait, au bourg de Pierre-Encise , près de Lyon, une chaumière toujours ouverte pour recevoir ses frères au premier signe de persécution-. Enfin venait l'esclave Blandine , la dernière alors et bientôt la première de toutes. Sa maîtresse selon la chair^ comme s'expriment les actes, siégeait à côté d'elle sur les bancs de l'église, et racconipagna sur la sellette du martyre: rhéroïsme eut J)ientôl corrigé les inégalités de la fortune ; le nom de la maîtresse est oublié, celui de la glorieuse esclave vivra aussi longtemps que la foi chrétienne dans les Gaules.

Mais une conquête où l'église de Lyon sembla avoir placé son orgueil maternel et ses plus chères espérances, ce fut celle de deux jeunes gens, beaux, riches, instruits, pleins de chaleur de cœur, et doués de vertus précoces: ils se nommaient Épipodius et Alexandre; celui-ci avait vu le jour à Lyon dans une famille grecque

1. Greg. Tiiron., de Glor. martyr., i, 49. — Ado, 2 juin. — Ruin., Act. martyr., 61. — Il existe pour ces noms, comme pour les précédents, de grandes variantes dans les écrivains originaux. Cf. Tillem., Mém. écoles., t. III, p. 27 et 090.

2. In 60 vico qui proptcr Incisam-Petram situs est... religiosa et fidelis vidua... Euclier., Honiil. de SS. Epipod. et Alex. ap. Ruin., Act. martyr., od. Amsf., 17!.'^ — Luria. Jijid., 13. — Greg. Turon., Glor. ronfess., fii.

'i. 'H irap/.iv/i ôî^uoivr, aOrr,:. Epist. martyr, lugd., ap. Euseb., v, I.

202 lilSTOir.l'. I)K LA GAULK.

chrétienne; l'auliv, un peu plus jeune, ('lail indigène gaulois '. Leurs pères se connaissaient et s'aimaient-, et cette affection mutuelle avait passé dans les enfants avec la vie. Éle\és ensemble dès le berceau, ils avaient partagé les mêmes jeux, les mêmes études, les mêmes goûts sévères, les mêmes habitudes de bien ^ ils étaient inséparables en tout; el la comumnaulé, dans ses encouragements ou dans ses vœux, se plaisait à confondre ensemble la destinée des deux amis.

On peut, au moyen de ces détails, se' hgurer à peu près la situation de l'église lugduno-viennoise vers l'année 177 de Jésus-Chiist, dix-septième du règne de Marc- Aurèle, dix-septième ou dix-huitième depuis l'arrivée de la mission smyrnienne à Lyon. Mais ses déyeloppemenls n'avaient pas été toujours paisibles ; bien des orages intérieurs l'avaient agitée, en attendant ceux du dehors. Pothin et Irénée avaient eu à combattre et combattaient encore avec persévérance deux hérésies, dont l'invasion en Gaule devenait alarmante, l'hérésie des montauistes et celle des gnostiques.

11 faut l'avouer, la doctrine de Monlanus avait de quoi séduire des esprits graves et enthousiastes : c'était l'orgueil de l'austérité poussée à l'excès. Le dur sectaire, espèce de stoïcien juif, ([ui n'admettait point de ditl'érence entre les fautes, attachait l'homme à la loi morale par des liens de fer : il multipliait les abstinences, con-

1. Alexaiider quidem natione Groscus fuit, Epipodius vero lugdunensis civitatis indigena. Pass. SS. Epipod. et Alex., 3, ap. Ruin.

2. Quam fueriiit diristiaiii et a clarissiniis parentibus instituti... Ibid.

3. Pji'vuIos scliolare coiitubernium conjunxerat... littoris eriiditissimi... sobrietate, parcimonia, castitate, fide, opère misericordia;, Deo sosc hostias digiias prieparal)ant. Ibid.

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