LIVRE III. —CHAPITRE I
damnait les secondes noces et presque le mariage, faisait du martyre une obligation, et confondait sous le même anathème le chrétien renégat et celui qni, obéissant au précepte de TÉvangile, fuyait la perséculion par crainte de lui-même : « ïu peux partir, lui disait-il, car « tu t'es défié de Dieu; l'apostasie est déjà consommée (( dans ton cœur'. » Devant de si hautaines prétentions de force, la prudence de TÉglise catholique et ses ménagements charitables pour l'intirmité humaine n'étaient plus que lâcheté, sa discipline modérée que sensualité : Monlanus l'appelait l'Église animale, par opposition à sa secte dans la(iuelle i! voyait naturellement V Église spirituelle'-.
Si des articles de loi inadmissibles, par exemple la croyance en une ré\élalion du Paraclet, dans la personne de Montanus, pour compléter la révélation du Christ \ n'eussent compromis la réforme morale, en effarouchant les consciences, l'orthodoxie courait des dangers réels, surtout en Occident. Les rapports du montanisme avec la philosophie stoïcienne, si admirée des Occidentaux, attiraient à lui beaucoup de nobles âmes, et il fallait que la pente fût bien glissante, puisque ïertullien n'y sut pas résister. Montanus, excommunié l)ar les églises d'Asie, ('tant venu à Rome, l'évêque de cette ville, Éleuthère, non-seulement l'admit dans sa
1. Vanc jam fugis ne neges, qui, si negaturiis es, jam negasti. Tertull., de Fug. in Persec, 5.
2. Tertuilien, devenu niontaniste, désigne toujours les catholiques |)ar le nom de Psijcltiques; laa montunistes sont iiour lui les Pneumaliqncs.
3. Les montanistes admettaient aussi les prophéties de deux femmes attachées à leur chef, et noaiméus Prisca et Maximilla. Voy. Tertuilien, passim.
20i IIISTOFUK DE LA GAULE.
coiiiniiiiiion, mais pai'ul disposé à lui déliMcr des lellres de paix, portant invitation au\ Oriciilauv dp se réconcilier avec lui. C'était un scliisnie qui se préparait. Les évoques de l'Asie Mineure, avertis à leiu'ps, s'adressèrent à leurs compatriotes Irénée et Polliin, les priant d'intervenir aupivs d'Éleulhère, de l'avertir de son erreur, de proleslei' même, au besoin, conli'e sa conduite, au nom de l'église naissante des Gaules*. Mais déjà cette église avait ronçu de vi^es alarmes pour ellemême. Un de ses membres les plus considérés, Alcibiade, s'était laissé gagnei- par l'excessive austérité de la nouvelle secte. Sans aller jusqu'à partager ses dogmes, il avait adopté sa discipline, proscrivant toute nourriture animale, n'usant plus que de pain et d'ean, et, fier de sacrifices (jue tous ne voulaient pas s'imposer ou ne pouvaient pas supporter, il se complaisait à liumilier ses frères par l'ostentation d'une perfection théâtrale ^ L'église de Lyon craignait que ce demi-monlanisme n'entraînât Alcibiade plus loin qu'il ne le désirait luimôme, et que son exemple n'en séduisît d'autres.
Bien différente de l'hérésie de Montanus, celle des gnostiques apportait avec elle toutes les corruptions qu'engendre un mysticisme sans frein. Cette dangereuse doctrine, dont je reparlerai plus tard, avait été introduite sur les bords du llhône par les disciples de Marcus le Mage, fondateur d'une des principales sectes de la gnose. A sa suite on avait vu se manifester, là comme partout, des désordres moraux, dont le spectacle aftligeait profondément les \rais chrétiens. L'hérésiarque,