‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 167 sur 353 · Euseb., Hist. ecd., v · texte numérisé non relu

Euseb., Hist. ecd., v

2. Alcibiadem, qui et cieaturis Dei miniine uteretur, et aliis exemplum scandali ficret. Id., iliid.

LIVRK m. — CHAPITRE I. 205

en envoyant ses disciples à Lyon, croyail n'avoir affaire qu'à une église encore faible, incertaine dans la nouveaulé de sa foi, et facile à faire dévier de l'orthodoxie; mais il avait compté sans Irénée, qui, prenant le gnosticisme corps à corps, commença avec lui une lutte mortelle, et ne le quitta plus que quand il le vit sous ses pieds, abattu et expirant.

Cette année 177 destinait à la communauté lugdunoviennoise des épreuves de plus d'un genre. Son accroissement avait multiplié ses périls ; et l'attention des" païens s'était éveillée sur elle. On suivait les démarches de ses membres, on épia't leurs réunions, et enfin on constata l'existence d'une de ces associations « d'hommes (i malfaisants', toujours coupables, suivant le mot cruel (( d'un écrivain romain, et toujours dignes des dernières (( rigueurs'. » Aussitôt les bruits effrayants, les imputations infâmes que soulevait partout le nom de chrétien, commencèrent à circuler à Lyon. On ne parla plus que d'incestes, de meurtres d'enfants, de festins de chair humaine ; on citait les faits, on indiquait les témoins, on rapportait les indiscrétions des esclaves. 'Bientôt les hommes qu'on désignait comme membres de l'association devinrent un objet de réprobation générale : on les chassa des bains et des lieux de rendez-vous; on les poursuivit d'insultes et de huées dans les rues; nul ne voulut plus les reconnaître ; toutes les portes se fermèrent devant eux, et ils osèrent à peine se montrera

1. Christiaiii, geiius liomiiuim superstitionis novai atque malefic». Suet., Xer.

2. Quanquam adversus soutes et iiovissinui excmjjla nieritos. . Tac, Ann., XV, 4i.

3. Adeo ut non soluni ab ajdibus, a balneis, a Ibro arceremur ; vornni etiam intcrdictum facrit, ne qiiis nostruni quocumque demum in loco appareret. Eiiseb., Hist. eccl., v, 1.

206 inSTOllîK DK LA (iAL'LE.

Dos injures, la niiillilude passa aux coups-, on leur jetait des |)iei'i-es, et (iiiiconque les rencontrait les frappait. Obéissant à la clauicnr pnl)!i(]ue, les magistrats municipaux de Lyon s'assurèrent de ceux qui leur étaient dénoncés, et les firent conduire en prison jusqu'au retour du gouverneur de la province, à qui ]'essorlissail la connaissance des causes criminelles, et (pii élait alors absent. Vienne appartenant à la province .\arl)onaise, les règles ordinaijes de la procédure romaine voulaient que les chrétiens domiciliés dans cette ville fussent justiciables du gouverneur siégeant à i\ar])onne: mais comme les crimes dont on les accusait avaient été commis à Lyon, où se tenaient leurs assemblées, et comme il y avait connexité entre leur cause et celle des pré\enus lyonnais, les uns et les autres furent destinés à paraître devant le même tril)unal. Dans le nombre des prévenus se trouvèrent le diacre Sanctus, le néophyte Maturus, Alcibiade, Blandine et sa maîtresse, Bibliade et quelques autres. Ce commencement de persécution n'effraya d'abord les chrétiens que faiblement : la longue paix dont on avait joui les rassurait contre la crainte; ils comptaient aussi sur la résistance du gouverneur aux exigences passionnées des masses, et attendaient sa décision sans découragement, sinon sans anxiété.

Quand la persécution frappait une église, les piisons où les confesseurs étaient renfermés devenaient des lieux de rendez-vous pour tous les fidèles. Des femmes, des enfants en assiégeaient les avenues chaque joui' avant l'aurore, apportant aux prisonniers des pro\isions ou de l'argent, et désireux de les voir, de toucher leurs vêtements, de recueillir la moindre de leurs paroles.. Nulle crainte, nulle considération humaine, ne les retenaient. Les hommes yvenaient aussi se fortifier par leçon-

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