LIVRE m. - CHAPITRE J
tact de ces soldats d'élite de l'armée chrétienne, de ces martyrs désignés, comme dit Tertullien^ Il s'y formait de petits conciles où l'on s'entretenait de la situation de l'église, où s'agitaient des questions de dogme, où se décidaient souvent les affaires personnelles les plus délicates. En toute matière, les décisions émanées des confesseurs étaient accueillies respectueusement, non-seulement par leur communauté particulière, mais par toutes les communautés clirétiennes. Souvent aussi celte grande autorité n'était pas sans embarras, et ces hommes, si forts contre la souffrance physi(iue, si inébranlables dans leur conviction, payaient tribut, comme les autres, aux faiblesses de l'humanité. Ils se montraient impérieux, méprisants pour quiconque n'avait pas souffert et confessé; ils troublaient l'ordre hiérarchique par des inteiTentions passionnées; la jalousie se mettait entre eux; l'orgueil se glissait sur la paille de leurs cachots, parmi les instruments de supplice, et il fallait que, de temps en temps, une voix amie leur fît entendre cet avertissement salutaire : « Soyez humbles et unis, (( martyrs de Dieu ! »
Les vieux actes nous disent expressément que les confesseurs de Lyon ne cédèrent à aucune de ces faiblesses, et qu'à part les prétentions d'Alcibiade h une perfection surhumaine, rien ne vint troubler leur concorde-.
C'est à ce petit concile, tenu sous les verrous, que Pothin et Irénée communiquèient la lettre qu'ils avaient reçue des églises d'Asie et de Phrygie, au sujet de Montanus, et de l'appui prêté à Thérésiarcjne par l'évéque de