‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 174 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

alors si accablé qu'elle se soutenait à peine , tous les cœurs s'émurent, tant on craignait l'eiïet de la souffrance sur une si frêle machine ^ -, et sa maîtresse, assise elle-même parmi les accusés , tremblant pour la pauvre esclave qu'elle avait peut-être convertie, l'encourageait du geste et du regard. Les appréhensions ne tardèrent pas à s'évanouir : Blandine se trouva remplie d'une force subite inexprimable; rien ne la fit fléchir; les tortures semblaient, au contraire, lui donner la vie qui lui manquait. Vainement les bourreaux s'acharnèrent sur elle comme par défi; vainement ils se relayèrent pour la tourmenter jusqu'au soir ; elle les réduisit à s'avouer vaincus. Elle répétait par intervalles ces paroles : « Je suis « chrétienne, et on ne fait point de mal parmi nous -. » « Et chaque fois qu'elle les prononçait, on la voyait se ranimer; on eût dit qu'elle y puisait en même temps l'oubli de la douleur et de nouvelles facultés pour souflVir.

Bibliade, ainsi qu'on Ta vu plus haut, avait d'abord donné le triste exemple de l'apostasie; mais quand le juge, voulant la faire témoigner contre ses frères, ordonna de lui appliquer la question, elle se réveilla comme d'un songe à l'impression des tortures'' : « Nous, (c manger des enfants! s'écria-t-elle en désavouant tout « ce qu'elle avait dit; nous à qui il n'est pas même per-

1 . Nam quum univers! trepidaremus, ipsaque illius temporalis domina, quai et ipsa una cum reliquis marlyribus strenue pugnabat, formidaret in primis ne illa, ob teuuitatem corporis, liberam coufessioneui edere non valcret. Euseb., Hist. ceci., v, 1.

2. Eratque ei refectio et quies, sensumque omnem prœsentis doloris adiniebat prolatio liorum verborum : Christiana sum , et niliil apud nos mali geritur. Id., ibid.

3. Verum illa resipuit inter cruciatus, ac veluti ex altissimo sonino excitata est. Id., ibid.

« mis (le goùtei- le sang dos animaux ^ ! » Les inlerrogaloires durèrent ainsi plusieurs jours, et chaque soir les accusés, à demi morts, étaient ramenés dans leur prison, où ils ne trouvaient guère de repos: on les garrottait, on leur passait les pieds dans des ceps de bois, qu'on serrait ou qu'on étendait jusqu'à leur disloquer les os. Plusieurs succombèrent par suite des mauvais traitements et aussi par défaut d'air, entassés qu'ils étaient dans un lieu humide et bas. Mais les nouveaux arrivants comblaient bientôt les vides, car les dénonciations pleuvaient de tous côtés, et les magistrats donnaient à leurs recherches une activité et une étendue toujours croissantes. Ce fut alors qu'une véritable terreur se répandit sur le troupeau des ûdèles ; excepté quelques âmes fortement trempées , tous cherchèrent à se mettre en sûleté, les uns dans la ville même , les autres au dehors, suivant le précepte de l'Évangile : « Quand on vous per- « sécutera dans une ville, fuyez dans une autre -. » Les deux amis Épipodius et Alexandre, trahis par un de leurs domestiques, trouvèrent un asile au bourg de Pierre- 8cise, sous le chaume de la pauvre veu\e Lucie '. Valérianus et Alarcellus, ({uiltant la province, se dirigèrent au nord de Lyon , en remontant la Saône K Le nombre des fugitifs fut assez grand: et l'on peut avec vraisemblance rattacher à cette dispersion l'arrivée des prêtres

1. Qui fieri posset, iaqtiit, ut infantes comederent, qiiibus ne sanguinem quidem animantium degustare licet? Euseb., Hist. eccl., v, 1.

•2. Qnum autem persequeiitur vos in civitate ista, fiigito in aliam. Matth., X, 23.

3. Per proditionem domesticam... egi'essi occulte... in oo vice qui propter Iiicisam Petram situs erat, tugnrio se... veligiosîEet fidelis viduse abdiderunt. Pass. SS. Epipod. et Alexandr., 3, ap. Paiin.

4. Alter Sequanorum, alter .Eduorum provincias iiiterjecto Arari putierunt. Vit. S. Valerian., ex Vet. legend. Eccl., cabil.,ap. BoUand.

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