‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 175 sur 353 · LIVRE III. —CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. —CHAPITRE I

Béniguiis et Aiidocliiiis, el du diacre Thyrsiis sur les terres des ÉduesetdesLiiigons ' : il était tout simple qu'à la veille d'une terrible bataille, l'église de Lyon songeât d'abord à mettre en sûreté quelques-uns de ses pasteurs. Mais l'évêque Potbin ne quitta point la ville, et la retraite où il se renfermait sans grande précaution fut aisément découyerte. La nouvelle répandue que le chef des chrétiens était pris remplit les païens de contentement; les magistrats de la cité voulurent présider euxmêmes à la précieuse capture, et un attroupement considérable se forma sur leurs pas jusqu'à la maison où demeurait le saint vieillard. Potbin comptait alors plus de quatre-vingt-dix années, et, outre le poids de l'âge, il était tellement accablé par la maladie et si faible de corps qu'il pouvait à peine respirer. Il semblait, disent les vieux actes, ne retenir son âme que pour la faire servir un moment au triomphe du Christs Les soldats furent obligés de le porter sur leurs bras , de son logis au forum, devant le tribunal du gouverneur; la foule le suivait, railleuse, insultante, et l'apostrophant, dans ses invectives, comme s'il eût été le Christ lui-même ^. En face du juge, Potliin garda une contenance noble et assurée. On croirait que le Romain se sentit honteux de cette lutte inégale contre un vieillard expirant, et qu'il prit à cœur de lui fournir une réponse facile et favoral)le à sa cause, car il lui demanda avec douceur ce qu'était le Dieu des chrétiens ; le vieillard se contenta de répondre

1. Bolland., 17 jan., p. 77. — Cf. Tillem., Mém. ecclés. — Gall. christ., t. TU, p. ."^7.

2. Animatn vero adluic retineiis, ut per eam Christiis triumpharet. Euseb., Hist. ceci., v, 1.

'.i. Universa plèbe varii^ eum acclamationibus inipeteute, tanquam Christus esset. Id., ibid.

21(i lIISTOIIir- DE LA GAULE.

(( (|iril lo conii.'iîlrnit s'il on ôlail digne '.') I/inlorrogatoii'c se l)()nia là; mais, coiiiiiic on conduisait Polliin à la prison, la pojjiilarc, Ij'onipéc dans son allonto, soprécipila sur lui a\oc t'nreni'; cpiiv qni |)ouvaiont l'atlelndre le IVappaieiil du pied el de la main, les plus éloignés lui jelaient lout ce qui s'offrait à eux , mettant à cette barbarie une espèce de devoir de fanatisme -. Le vieil évêque, à son arrivée dans la prison, ne conservait plus que le souffle ; au bout de deux jours, il était mort.

Cependant Tinstruction, pour une partie des accusés, se trouvait complète, et plusieurs sentences capitales avaient été prononcées. Le jour de la célébration des jeux pul)lics approchant, le gouverneur désigna, pour y figurer en qualité de bestiaires^ (on appelait ainsi les individus exposés aux bêtes dans les ampliithéàtr-es), Sanctus, Maturus et Claudine; les deux premiers comme sujets provinciaux, celle-ci comme esclave. Déjà, suivant l'usage, les condamnés avaient fait en public leur dernier souper S déjà le jour fatal s'était levé ; les voiles de pourpre flottaient sur l'amphi théâtre, et les chasseurs, armés de longs fouets, garnissaient à l'intérieur les avenues de l'arène, quand les trois Gaulois furent introduits. Leur vue ne contenta qu'à demi la multitude qui encomhrait les gradins, et à qui il fallait pour ses plaisirs des victimes de plus haute condition : a Attale! Attale! cria-t-elle

1. Interrogatiis vero a prseside quisnam esset christianorum Deus, respondit : Si dignus fueris, cognosces. Euseb., Hist. eccL, v, 1.

2. Quippe hoc modo injuriam deorum suorum ulturos se arbitrabantur. Id., ibid.

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