‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 176 sur 353 · Bestiarii · texte numérisé non relu

Bestiarii

4. Non in publico Liberalibus discumbo, quod Bestiariis supremum cœnantibus mos est. TertulL, Apol., 42. — Act. SS. Perpet. et FeL, 17, ap. Ruin.

LIVF.E III. — CHAPITRE I, 217

de tons côtes; nous voulons Atfale M » Mais Aftale, citoyen romain, était exempt, à ce titre, du supplice infamant de l'exposition aux bêtes ; le gouverneur, pour satisfaire aux clameurs, se vit donc réduit à faire promener le Pergaméen tout autour de l'amphithéâtre 'avec un écriteau portant ces mots, en langue latine: « Voici At- « taie le chrétien '-. » A chaque tour qu'il faisait, la populace l'accueillait avec des éclats de rire et des huées. Le gouverneur le i-envoya ensuite dans sa prison, en annonçant qu'il consulterait l'empereur au sujet de ce chrétien et d'autres qui étaient comme lui citoyens de Rome. Quant aux trois Gaulois, que ne couvrait pas ce puissant privilège, il donna le signal de leur supphce; les appariteurs les poussèrent à grands coups de fouet sur le terre-plein garni de sable, et la chasse commença. En dérision de la croix, on avait planté un poteau dans un coin de l'arène; Blandine y fut attachée assez près de terre pour que les bêtes, en se dressant, pussent l'atteindre. Les fouets des chasseurs les dirigèrent d'abord sur Maturus et Sanctus, qu'elles assaillirent l'un après l'autre, et qu'elles traînèrent en tous sens sur le sable, meurtris et couverts de plaies. Les martyrs allaient rendre l'àme, quand on les dégagea pour les transporter sur une chaise de fer au-dessus d'un brasier ardent. C'était le peuple qui réglait par ses signes l'ordre et la durée des supplices ^ et, en ayant bientôt assez, il permit qu'on

1 . Attalusquoquevclicmentor a populo postulatusadsupplicium, utpote vir valdo cclebris, paratus ad ccrtamen accessit. Euseb., Hist. ceci., v, 1.

2. Quunif(ae per ampliitheatrum circumduceretur, pnwcedentc ipsum tabella in qua latino seniionc inscriptum erat : Hic est Attalus christianus, populo adversus illuui vchementius incitato... Id., ibid.

3. Vulgus insanum, pro suo qulsque arbitrio, variis acclamatiouibus imperabat. Id., ibid.

218 HISTOIRE 1)K LA (iACLE.

achevât les palifMils à coups (['('pôc. Pciidaiit loiit. le temps de leur agonie, ni l'nn ni l'aulre n'avaient laissé échapper une plainte. Sanctus lépélait l(\s seules paroles sorties de sa houche depuis le commencement du procès : « Je suis chrétien. » Maturus restait silencieux. Tous deux tenaient leurs regai'ds constamment tournés vers ce poteau où leur sœur était suspendue, et qui représentait à leur imagination émue le hois sauveur du Golgotha. Du haut de cette croix, Blandine l'écitait d'une voix ferme des prières dont le son, arrivant jusqu'à eux, les encourageait et les fortifiait '. Quant à elle, les hêtes, rassasiées, ne la louchèrent point, et la multitude, impatiente de nouveaux spectacles, l'oublia pour cette fois. Ramenée dans la prison, elle y reprit peu à peu ses forces. Les autres exécutions furent différées, en attendant la décision que le gouverneur avait du demander au prince.

Le succès de cette première journée communiqua aux chrétiens emprisonnés une aideur incroyable ; il n'y eut pas jusqu'aux apostats, qu'on retenait toujours sous la prévention de meurtre et d'infanticide, dont le cœur n'en fût réchauffé; honteux et repentants, ils sollicitèrent leur absolution, et l'obtinrent enfin de la pitié des martyrs-. On se peindrait difficilement le délire de joie qui saisit ces nudheureux, lorsqu'ils se virent rentrés en grâce : ils criaient aux païens de les conduire sans retard devant le gouverneur pour y rétracter leurs men-

1. Ijlandina vuro, ad palam suspensa, bestiis objecta est. Quœ quum in crucis speciem suspensa cernerctur, Deoqne c'onteiitissime siipplicaret, niaximani alacritatein addebat certantibus ; quippe qui in ipso certamine, sub sororis persona, corporeis oculis cernèrent ilhun, qui pro ipsorum sahite crucitixus fuerat. Euseb., Hist. eccl., v, 1.

'2, Id., ibid.

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