‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 177 sur 353 · LIVRE III. —CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. —CHAPITRE I

songes; ils réix'kWfMil à chaque instant aux geôliers, aux soldats, à tout venant, qn'ils étaient chrétiens, qu'ils en lourniraieut la preuve. « C'est ainsi, dit le vieux récit, (( que les memljres vivants de l'Église ressuscitèrent ses (( niemhres morts'. » Dans un de ces jours hienheureux de réconciliation générale et de fraternelle communion, Alcihiade renonça à ce rigorisme outré qui scandalisait ses compagnons. « Il m'est venu une vision, lui dit <( Attale, et Dieu m'a révélé que tu péchais en refusant <( d'user de ses créatures, et te faisant parmi nous une (( pierre d'achoppements » Le demi-montaniste se soujuit avec humilité, et rien désormais ne divisa plus sur la terre ceux dont une mort prochaine allait cimenter l'union.

Sur ces entrefaites arriva la lettre de Marc-Aurèle ; elle décidait qu'il fallait renvoyer ajjsous les accusés qui renieraient, et punir de mort les opiniàti-es qui persisteraient à se dire chrétiens^. Quanta la nature des supplices, la loi la déterminait elle-même, en exemi)tanl les citoyens romains de l'exposition aux JxHcs, [)eine infamante, instituée pour les sujets et les personnes viles. Ce qu'il y avait en prison de condamnés citoyens, hommes et femmes, fut donc mis en réserve poui' avoii' la tête tranchée, à l'exception du seul Attale, destiné aux hêtes

1. Quippe mortua jam Ecclesito membra, viventium ope atque auxilio ad vitam revocata sunt. Eiiseb., Hist. eccl., v, 1.

2. Qaumque in carcere positus eamdcui vivcudi rationcm vullet retincre, Attalo, post primuin quod in aniphitlieatro confecerat certamen, revelatnm est non rectc ncque ordine facero Alcibiadeni, qui et creatnris Dci minime utcrctur, et alils cxcmpluni scaiidali (icret. Id., ibid. — Nicephor., iv, 18.

3. Qiiippe rescriptum fuerat a Cœsare, ut confitentes quidem gladio caederentur : hi vero qui negarent, dimitterentur incolumes. Euseb.. Hist. eccl., V, I.

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par uno dérogalioii loiilc spéciale. Quel Tiil \o molii'trune telle exception? Marc-Aurèle ne lit-il que sacrifier le droit d'un citoyen aux réclamations cruelles de la populace? ou, ce qui paraîtrait plus conforme à son caractère, voulut-il donner un exemple qu'il croyait salutaire, en punissant doublement, en frappant d'infamie en même temps que de mort un chi'étien de l'ang élevé, une tête privilégiée par la loi? On ne sait. Mais Attale, dépouillé de sa prérogative, alla prendre place parmi les bestiaires, gibier aflreux tenu en gaide pour les cliasses de l'amphithéâtre.

Ce qui ressort clairement des faits, c'est que l'idée d'une répression éclatante, exenq)laire, arrangée pour agir sur l'imagination des masses, présidait à cette dernière partie du procès de Lyon ; et l'on peut supposer sans invraisemblance que les instructions de Marc-Aurèle tendaient effectivement k ce but. Le gouverneur renvoya les interrogatoires qui restaient à faire, ainsi que toutes les exécutions, au commencement du mois d'août, époque de la grande fête de Lyon, qui était en même temps celle de toute la Gaulée On y célébrait, devant l'autel d'Auguste, près du confluent du Rhône et de la Saône, les jeux institués par Caligula, et dont nous avons parlé ailleurs- : jeux de toutes sortes mêlés de combats de gladiateurs et de combats de rhéteurs et de poètes, où les vaincus effaçaient avec leur langue leur mauvaise prose et leurs mauvais vers, s'ils n'aimaient mieux être plongés dans le Rhône, au grand amusement de la populace. Le gouverneur y joignit un nou-

1. Euseb., Hist. eccl., v, 1, cum nota Valesii, 79 B. — Cf. Tilleni.", Mém. ecclés., t. III, p. 59(3.

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