‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 181 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE i. tl · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE i. tl

Le sang de quarante-huit confesseurs avait coulé; mais, dans cette guerre acharnée que livrait le paganisme aux chrétiens, le martyre ne se ter]ninait pas toujours à la mort : on poursuivait les cadavres, on les enlevait aux cimetières, on s'attachait h les priver de sépulture d'autant plus ohstinément que les fidèles étaient plus empressés de les inhumer. Ce soin religieux des chrétiens, rapproché de leur croyance à la résurrection des morts, avait fait supposer aux païens que, par une idée grossière, ils voulaient ahriter dans la terre jusqu'aux moindres atomes de leur dépouille mortelle, afin que rien ne manquât, au jour où la puissance de leur Dieu y ferait rentrer la vie. Aussi mettait-on un plaisir barhare à les tourmenter sur ce point, soit en jetant leurs corps dans les rivières, soit au contraire en les hrûlant, ce que les chrétiens redoutaient le plus, parce qu'ils y voyaient une pratique païenne. Le gouverneur de Lyon ordonna donc qu'on rassemblât en un monceau ce qui restait des martyrs, leurs membres à demi consumés, leurs tètes séparées du tronc, tout ce qu'avaient épargné les bêtes ou la flamme ; puis il plaça une garde de jour et de nuit près de ce dépôt vivement disputé, car les fidèles qui survivaient essayèrenl mille moyens pour s'en rendre maîtres. Mais prières, argent, surprise, tout échoua contre l'animosité des soldats ou contre la rigueur de leurs instruclions. Au boni de six jours, cet amas de débris humains fut brûlé, et nu en jeta les cendres dans le iihùiie afin d'en effacer jusqu'aux derniers vestiges ^ u C'est cette folle espérance de résur-

1. Igitur niartyrum corpora postquam omni genei-c coiitumelis; traducta, et sub divo per sex dies exposita jacueruiit, tandem cremata atque in cineres redacta, in prn'fincntis Rliodani alveuni sparsa snnt ab

(1 reclioli, (lisaiciil les païens dans leurs mo(jiieiies, c'est « elle qui l'ail (|Lie ces gens-là viennent nous apporter « leur nou^elIe superstition; une si ridicule présomption « les fait courir à la mort avec empressement : voyons (( donc s'ils ressusciteront, et si leur dieu sera assez puisce sant pour les tirer de nos mains^ » Ces blasphèmes ajoutaient à la douleur des fidèles, qui restèrent longtemps cachés et plongés dans le deuil.

Telle est la simple et touchante tragédie qui initia la Gaule aux mystères de la foi clirétienne. Les détails en furent recueillis par ceux que la persécution avait oubliés, et transmis par eux aux églises d'Asie qui méritaient assurément bien cette pieuse confidence. Leur lettre rédigée en grec, peut-être par Irénée lui-même, portait pour suscription : « Les serviteurs du Christ qui « demeurent à Vienne et à Lyon, dans les Gaules, aux « frères constitués en Asie et en Phrygie, qui ont avec « eux même foi et même espérance de rédemption, paix « et grâce et gloire en Dieu le Père et en Christ i\otreu Seigneur. »

Tandis que ces choses se passaient à Lyon, que devenaient ceux des fidèles qui avaient cherché une retraite au dehors? La plupart réussirent à s'échapper; d'autres trouvèrent ailleurs le martyre, car l'alarme était donnée : la nouvelle qu'il existait à Lyon une association de chrétiens, contre laquelle les magistrats sévissaient, avait mis en émoi tout le pays d'alentour. MarcellusetValérianus, partis ensemble, ainsi que je fai raconté, s'étaient séparés bientôt par précaution; l'un avait pris la rive

impiis, ne ullso deinceps eoruni reliquiae in terris superessent. Euseb., Hist. eccL, v, 1.

1. Videamus nunc an sint resurrecturi, et utrum adesse ipsis Deus snus, ac de manibus nostris ipsos eripere valcat. Id., ibid.

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