LIVRE III. — CHAPITRE II
tiques devinrent meilleures : Marc-Aurèle était mort; et Commode, étranger aux préventions pliilosopliiques de son père, malgré cette cruauté instinctive qui le rapprochait de Néron, finit par donner la paix aux persécutés. On croit qu'en se montrant là si différent de lui-inème, il ne fit que céder aux suggestions d'une femme chrétienne ou sortie de famille chrétienne, la belle Marcia, sa concubine chérie,- et tour à tour l'instrument de ses bonnes résolutions et de sa ruine ^
A la faveur de cette paix, le nouvel évêque lyonnais sut mener de front la prédication oi'ale et la composition des livres de controverse contre les hérétiques et les païens ^ Ce fut alors qu'il écrivit ces ouvrages d'une si ferme orthodoxie et d'une science si variée, qui le firent surnommer, dans la primitive Église, « le curieux explo- (i rateur de toutes les doctrines ^, l'interprète par excel- « lence ^, la hache de l'hérésie, la lumière de l'Occi- « dent ^ » Et il n'écrivit pas seulement pour les besoins très-restreints de son petit troupeau, il embrassa ceux de la chrétienté tout entière, assaillie par mille hérésies à la fois au moment même où elle perdait ses plus sûrs guides; où disparaissaient, ('nq)ortés par la persécution ou par l'âge, les derniers hommes de cette grande génération qui , ayant vécu avec les apôtres, pouvait parler
1. Haiic christianonini studiosam fuisse, et quod esset apud Cominoduin inagnœ auctoritatis, nuilta in eos bénéficia contulisse, mémorial proditiim est. Dio, lxxii, 4. — Euseb., Hist. eccl,, v, 21. — Theophil., Il, p. 137.
2. Scripsit contra gentes voUimen brève. Hieronym., Script, eccl.
3. Omnium doctrinarum curiosissimus explorator. Tertull., contr. \alcntin., 5.
■4. Elfrivaîo; 6 i?riYr,xr,;. Cyrill., Catech. xvi.
5. 'G ty;v ÉTTiÉpav çwTtira;... <l>w'7'cr,(i ra).aTwv twv inm^iw/, Theodoret., Jhi'ret. fal)., Praef. et i, .i. — Id., Eranist., Dialog. i.
m liMir nom ol opposer aux novateurs une autorité sans réplique.
Comme l'iiuporlance des Iravauxd'lrénée tient à l'importance de la situation, j'exposerai le plus brièvement que je pourrai le caractèi'e et les causes de cette commotion intérieure qui ébranlait le cliristianisme sur ses fondements, et le tint dans un long état d'oscillation pendant les règnes de Marc-Aurèle, de Commode H de Sévère. Je me bâte de dire qu'elle n'avait rien de fortuit, rien qui ne fût conforme à la nature des cboses, et que le christianisme éprouvait alors ce qu'éprouve toute religion nouvelle dans le passage de l'autorité des témoins oculaires à l'autorité de la tradition, avant que celle-ci se soit solidement assise.
Toute religion , en effet , est attaquée dans son berceau par des hérésies très-diverses, mais qu'on peut toujours rapporter à trois chefs principaux. En tant que fondée sur une communication particulière de Dieu à riiomme, toute religion entre d'abord en contact avec la philosophie, qui a pour mission de scruter la nature de Dieu, celle de l'homme et celle du monde. Comme succédant à une autre qu'elle vient réformer, ou conq)léter, ou détruire, toute religion est liée à celle-ci d'une certaine façon et dans une certaine mesure. Toute religion enfin, par cela même quelle s'appuie sur des preuves humaines de sa vérité, sur des témoignages oraux, suides livres, rencontre tout aussitôt en face d'elle la liberté d'interpréter. A chacun de ces inévitables points de contact est une arène ouverte pour la controverse , un champ de bataille qui semble appeler la lutte des systèmes, et où ceux-ci ne tardent pas à se donner rendez-vous.
Vainement une religion serait-elle simple, pratique, ennemie des recherches purement spéculatives : vaine-