LIVRE m. — CHAPITRE II
ment aurait-elle circonscrit avec une exactitude rigoureuse le champ de sa métapliysique, la borne sera renversée, le fossé franchi, et les hypothèses philosophiques feront irruption au cœur de cette doctrine, en apparence si bien garantie.
Vainement encore une religion aurait-elle pris soin de spécifier elle-même avec netteté , et son origine , et son but, et sa position vis-à-vis de la religion d'où elle sort; ce qu'elle prétend en conserver et ce qu'elle en rejette, l'esprit de système interviendra pour la démentir elle-même , pour tout peser, pour tout mesurer, pour la refaire, en un mot, au nom de la logique, mais au gré de mille suppositions gratuites et contradictoires.
Vainement enfin une religion se serait-elle attachée à parler, dans ses livres sacrés, un langage clair, accessible aux intelligences les moins exercées, il faudra encore que les controverses naissent des textes, que les opinions les plus étranges souvent en élargissent, en rétrécissent, en altèrent le sens, car rien n'arrête la liberté d'interprétation, qui fait à la fois notre force et notre faiblesse, qui est l'esprit humain tout entier.
Telle est la loi générale, inflexible, établie par la Providence, et dont elle n'a voulu aft'ranchir aucune doctrine, si vraioetsi sain te qu'elle fût, puisqu'elle y a soumis le christianisme. La main qui dépose un germe au sein de la terre l'abandonne ensuite aux forces de la nature et à la marche des saisons, aux froids de l'hiver, aux ardeurs de l'été. C'est ainsi que la Providence abandonne aux forces orageuses de l'intelligence humaine les vérités qu'il lui plaît de faire descendre en ce monde.
Que sommes-nous? Où allons-nous? Qu'e.st-ce que Dieu? Qu'est-ce que l'esprit? Qu'est-ce que la matière? Voilà des questions ipii oui lonrinenlé l'bonime depuis
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([ii'il s'est mis à ponsor, o( do chacune (los(iiielk's il a trouvé d'abord iiii certain nombre de solutions opposées, mais toutes pins ou moins spécieuses, suffisantes pour se détruire mutuellement, insuftisantes pour convaincre. Chaque race humaine, clia([ue Age de Thumanité sont venus, à leur tour, s'essa\ei' à la solution de ces problèmes, éternellement posés, éteiiiellement résolus d'une manière identique au fond, quoi({ue différente dans la forme, las de tourner dans un cercle sans issue, et honteux de son impuissance, de temps en temps l'esprit humain s'arrête, nie ce qu'il a si ardemment cherché, et se rit. de lui-même et de sa curiosité d('çue; mais cet état de déconi-agement et de prostration ne saurait durer. A chaque grande commotion sociale, l'inépuisable curiosité se ranime; l'esprit humain se remet à l'ouvrage, et va demander à l'idée qui possède alors le pi-ivilége de remuer les âmes, un terrain neuf et de nouvelles armes, pour recommencer la guerre des systèmes. 11 ne s'est pas accompli, depuis l'origine du monde, une seule révolution morale qui n'ait été accompagnée d'une résurrection de la pliilosophie, et d'un essai de solution des problèmes éternels, qui sont à la fois sa plus noble recherche, sa gloire et son désespoir. Comment le christianisme, qui touchait à tant de choses, n'aurait-il pas excité cet instinct impérieux de notre nature? 11 ne le fit que tro(). Son apparition réveilla toutes les sectes endormies dans la lassitude des premiers temps de l'Empire; et comme il s'adressait au monde entier, le monde entier réagit sur lui : toutes les doctrines, toutes les hypothèses essayèrent de se glisser dans ses dogmes pour y retrouver une étincelle de vie. Chaque secte philosophique devint une hérésie chrétienne. Mystif[ues indiens, dualistes persans, pythago-