‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 19 sur 353 · LIVRE I. — CHAPIIT.K I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPIIT.K I

et l'obéissance parmi les soldats'. Ces quatre hommes allaient bientôt se trouver mêlés, dans un même but, aux mêmes événements : le sort réservait trois d'entre eux à se combattre et à s'entre-détruire; tous les quatre devaient, suivant le mot de Tibère, « goûter de l'empire-, )) et trois d'entre eux en devaient mourir.

Cependant Commode déshonorait chaque jour davantage le glorieux nom de fils de Marc-Aurèle ; chaque jour sa tyrannie, que rien ne contre-balançait plus, semblaitdevenirplusinsensée. Placé, àmoinsde dix-neuf ans, avec une tête faible et un cœur corrompu , au-dessus du reste de l'humanité et entre ces deux extrêmes d'une autorité sans limite, pouvoir tout et craindre tout, il fut saisi du vertige qui avait frappé, avant lui, Caligula et Néron. Sa raison s'altéra. Des conspirations qui mirent sa vie en péril et où trempaient, avec des sénateurs, quelques membres de sa famille, lui firent prendre en une haine sauvage et ses parents et les amis de son ])ère et le corps entier du sénat, le sénat surtout, dont il poursuivait ouvertement, dans tous ses actes, rabaissement et l'exterminalion ^ Sa folie cruelle s'étendant avec le cercle de ses soupçons et ne lui monlrant plus autour de lui (pie des ennemis déclan's ou secrets, il péi'it des mains d'une courlisane qu'il aimait, de son préfet du prétoire Lœtus, et de son chambellan Éleclus, qui tous trois crurent leurs jours menacés : ils rein[)oisonnèrent et le firent étouffer dans son bain par l'alhlète Narcisse, le soir du 31 décembre de l'année 192 *.

J. Dio, i.xxii, 8; i.xxiii, \. — Spartian., ub. supr.

2. Et tu. Galba, qiiandoque degustabis imperium. Tac, Ann., vi, 20.

3. Dio, i.xxii, 3 soqq. — Herodian., i, 11. — Lamprid., Commod., 48, 49.

4. Dio, Lxxii, 22.— Herodian., i, 28. — Lamprid., Commod., 52.

U HISTOIIIE DK LA GAULE,

l/oni|)iro dIaiL d('li\r('' d'un luonslre ; mais la lâche n'éfail qu'à moitié faite, si l'un ne se liAtait de conjurer les dangers d'un interrègne, si l'on n'encliaînait par un nouveau serment les prétoriens attachés de cœur à Commode, si l'on ne pi'évenait enfin l'intervention des provinces et le choc des armées, comme au temps de (ialha, d'Othon et de Vitellius. Malheureusement aucune règle n'existait pour la succession au trône des Césars; seulement, depuis NeiTa, c'est-à-dii'e depuis près d'un siècle, les adoptions successives avaient créé d'un prince à l'autre une hérédité de fait, dont la cliaîne se trouvait hrisée. En remontant par les souvenirs de l'histoire jusqu'à Domitien, le dernier empereur mort violemment, et à la manière dont la puissance souveraine avait été défé]'ée alors à Nerva, sur la désignation de Parthénius, les meurtiiers de Commode trouvèrent que celte marche était peut-être la meilleure à suivre dans l'inléj-èt de Ions, mais certainemeirt la plus siire pour eux-mêmes. Après avoir passé en revue tous les personnages placés au premier rang, ils arrêtèient leur clioix sur le préfet de la ville, Pertinax, qu'ils aimaient faiblement, mais qu'ils estimaient; et ils se rendirent aussitôt chez lui, avec les gardes du palais.

Né dans une condition obscure, et d'abord grammairien ^ Helvius Pertinax, perses talents, par son courage, par son caractère ferme et grave, s'était élevé aux premières dignilés de l'État et à l'amitié de Marc-Aurèle ^. Commode l'avait exilé, puis rappelé, et envoyé en Bretagne, comme je l'ai dit, pour pacifier la province et l'armée en fermentation; à son retour, il l'avait nommé

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