LIVRE I. — CHAPITRE I
au proconsulat d'Afrique, et à la préfecture fie la ville: Pertinax était âgé de soixante-six ans ^ Au bruit d'armes et de voix qui le réveillait en sursaut au milieu de la nuit, à cette espèce d'envahissemenl de son domicile, par les soldats de Lœtus et d'Électus, minisires ordinaires des barbaries de Commode, il put croire sa dernière heure venue; et se levant sur son séant, la poitrine découverte, il se contenta de dire, avec le sang-froid d'un digne ami de Marc-Aurèle : « Je vous attendais -. » Tout s' étant expliqué, Pertinax, après des refus opiniâtres, et dont aucun historien n'a mis en doute la sincérité, accepta enfin, par des motifs de devoir et de nécessité politique, l'empire qu'on lui offrait ^ et suivit le préfet du prétoire à la porte Nomentane.
C'était près de cette porte, hors des murs de la ville, que se trouvait le camp des prétoriens, entouré d'un mur et d'un large fossé *. Aucune des rumeurs confuses qui commençaient à parcourir la ville n'avait encore pénétré dans cette forteresse lointaine dont les approches étaient bien gardées. Lœtus, dans quelques explications courtes, attribua la mort de Commode à une cause naturelle, amenée, dit-il, par l'intempérance du prince ^; et il proclama le nouveau César. L'altitude des soldats pendant toute cette scène fut embarrassée et froide; Pertinax promit de leur faire distribuer pour 'son avènement