‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 203 sur 353 · LIVRE 111, — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE 111, — CHAPITRE II

(i leiinel, en présence des adeptes réunis , écoute : la (( Pensée vient de descendre en toi ; ouvre la bouche et (( prophétise ^ » Et si cette femme, dans la sincérité de son cœur, répondait qu'elle n'avait jamais prophétisé, qu'elle ne savait pas prophétiser, c'étaient, de la part de l'hiérophante gnostique, des invocations, des conjurations, à frapper de stupeur toute l'assistance. — » Ouvre u la bouche, s'écriait-il ensuite avec emportement; dis (( ce que te suggéi'era l'esprit, et tu auras prophétisé- ! » La femme cependant, exaltée par l'orgueil, haletante et le cœur palpitant\ s'enhardissait à prononcer en l'air des mots vides de sens, que le fourbe applaudissait comme des merveilles. De là à rendre des oracles, à se croire au-dessus de l'humanité, il n'y avait qu'un pas, et la Aanité l'avait bientôt franchi. Mais quelle reconnaissance, ([uelle rémunération n'attendait pas ie prêtre qui faisait ainsi participer une femme au don le plus précieux du ciel? Quel prix l'eût assez payé? On l'adulait, on l'adorait, on lui prodiguait son argent, ses biens, et souvent davantage; « car, dit malicieusement l'évêque (( gaulois, qui avait reçu, à ce sujet, plus d'une confi- (( dence, et qui se moquait ici de la puissance des « nombres, n'est-ce pas par l'union qu'on arrive sûre- « ment à l'unité*? »

Ces séductions allaient loin , comme on le voit; et, à l'exemple du maître, qui avait enlevé la femme d'un

1. 'loo-j r, /.âf'.; xa-îTiÀOîv im af àvoi^ov lo a-ôïj.a tovj, xal Tipo^r,t£v<jOv. Jren., i, 13, § 3.

2. Tr,; ôà Y'jvaixô; àTîOxp'.vojjiÉvr,:, oO TïpoesriTE'Jcra ttcôttote, v.al o'jy. otoa 7tfo^r|Tc'j£iv. Id., ibid.

3. Tr,; y.a&oîa: 7t),£0v toû oéovto; TraA/.o'jT/;;. Id., ibid.

4. KaTX -àvTX ivciûijOai a-lxw ':zy/)'j[xo-j\j.éYr,, tva crùv a-Jiw Y.%xi'/.br, îl: TÔ Ëv. 1(1., il)i(l.

'Ib-l IIISTOIIIK Ui: LA GALLIi.

diacre, son anii ', les niarcosiens se faisaient suivre par des femmes naguère respectées, et qui abandonnaient leur mari ou dépouillaient leurs enfants pour engraisser de leurs biens ces sectaires vagabonds. Revenues de leuierreur, plusieurs confessèrent à Irénée que rien n'égalait l'amour que ces hommes savaient inspirer, sinon la haine qui succédait à tant de passion , quand l'illusion ■venait à se dissiper -. Aussi accusa-t-on Marcus et ses disciples d'employer des philtres et des breuvages magiques pour égarer la raison des femmes ^ Il eût sufti, au besoin, de leurs doctrines de quiétisme, combinées avec des cérémonies dont le but était d'exciter les sens. L'amour respirait dans leur langage; leurs symboles, leurs forîuules ne parlaient ({uc d'union mystique; leur initiation figurait un maiiage : le lit nuptial était dressé, et le prêtre disait à la nouvelle convertie : <( Pare -toi (( comme une fiancée qui attend son fiancé, afin que '( je sois ce que tu es, et que tu sois ce que je suis *. » En combattant ces doctrines, qui aboutissaient si pleinement à la rupture de tous les liens sociaux , Irénée ne rendit pas moins service à la morale universelle qu'à l'orthodoxie religieuse. Ses eflbrts en arrêtèrent les progrès; mais le gnosticisme ne disparut pas entièrement de la Gaule: il s'y remontra encore par intervalles: et nous le verrons, au quatrième siècle, se réveiller à la voix d'un autre Marcus et de Priscillien ^ Peut - être

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