‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 204 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

même serait-il possible d'en suivre la trace, par une succession non interrompue, jusqu'à la grande hérésie des Albigeois.

L'évoque lyonnais divise en cinq parties sa réfutation de la Gnose : il emploie la première à en exposer les différentes sectes; il la combat, dans la seconde, parles principes du sens commun et par les témoignages de la science profane; dans la troisième, il lui oppose les paroles des apôtres; dans la quatrième, celles de Jésus- Christ ; enfin, il consacre la cinquième à l'exposition de la doctrine catholique et à l'explication de quelques passages de saint Paul, donl les gnostiques aijusaienl. La tradition, la tradition avant tout, voilà la règle que veut faire prévaloir cet esprit, effrayé des écarts de l'interprétation. Il pousse même bien loin son estime pour la doctrine orale. <( Quoi! dit -il, si les apôtres ne nous « avaient pas laissé d'écriture , ne faudrait-il pas suivre (( la tradition qu'ils ont transmise aux hommes investis « par eux du gouvernement des églises? C'est ce que ( font plusieurs nations barbares qui croient en Jésusv. Christ sans écritures , ayant les règles du salut écrites « dans le cœur par le Saint-Esprit, et gardant avec soin (< l'ancienne tradition ^ » II parle avec grand éloge de l'Église romaine -, la seule de l'Europe latine qui eût reçu un dépôt traditionnel apostolique. Il se mêle pourtant parfois à l'orthodoxie, généralement si rigoureuse, du disciple de Polycarpe des opinions'que l'Église uni-

1. Qiiid autcm si iieqne apostoli quitlem scripturas roliquissent nobis, nonne oportebat ordinem sequi traditionis?... Hanc fldem qui sine litteris crcdidcrunt, quantum ad sermoneni nostrum barbari sunt, quantum autem ad sententiam et consuetudinem et conversatioiiem, propterfidem, per (juam sapieiitissjmi. Iren., m, i, ^ I et 2.

'2. Td., m, :i, S :{.

254 IIISJOU'.K Ut; LA (iALLE.

verselle n'a jxjint admises, par exemple, la croyance au règne de mille ans '. Dans la préface de son livre, écrit en grec, d'un ton simple el ferme, bien approprié aux matières obscm-es qu'il traite, il s'excuse de n'y avoir pas apporté plus d'éloquence et d'élégante correction.» N'at- « tendez pas de nons, qui habitons chez les Celtes, dit-il, (( et qui usons le plus souvent d'une langue barbare, (( l'ai'î du discours que nous n'avons pas appris, ni la (( force du style et rornement des paroles -. » Pai- cette langue barbare, on peut entendre indilTéremment ou les idiomes gaulois ou le latin, que la vanité grecque ne traitait guère mieux que ceux-là. L'original de l'ouvrage d'irénée a péri en grande partie, mais il nous en reste une traduction latine, faite en Gaule, à ce qu'on croit, et probablement contemporaine de l'auteur '\

Toujours présents à l'iiuagination de cet enfant de l'Orient, les souvenirs de l'école de Smyrne venaient souvent prendre place dans sa controverse. L'bomme antique de Dieu , comme l'appelle saint Augustin S y puisait une grande autorité comme docteur, et souvent de belles inspirations comme écrivain. Il avait connu là-bas, dans sa première jeunesse, un certain Floriniis, Romain, élevé depuis au sacerdoce, et chef d'une hérésie qui enseignait que Dieu, ayant créé toutes choses, avait

1. Les millénaires croyaient que les saints régneraient un jour sur la terre avec Jésus-Clirist, durant mille ans. Plusieurs pères orthodoxes embrassèrent cette opinion, que soutenaient aussi les cérinthiens, les marcionites, les montanistes, et quelques autres sectes hérétiques.

2. Non autem exquircs a nobis qui apud Geltas commoramur, et in barbarum sermonem plerumque vacamus, orationis artem, quam non didicimus, neque vim conscriptoris, quam non affectavimus, neque ornamentum verborum, neque suadelam quam nescimus. Iren., i, in Proœm., 3.

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