‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 205 sur 353 · Antiquum hominem Dei. Augustin, contr. Julian., i, · texte numérisé non relu

Antiquum hominem Dei. Augustin, contr. Julian., i,

LIVUE 11].— CIIAIMTRE II. 255

nécessairement créé le mal : Irénée lui écrivit pour le réprimander, au nom de leur maître commun.

(( Florinus , lui disait-il , les dogmes que tu prêches ne sont pas d'une saine doctrine; et ce n'est point là ce que nous ont enseigné les prêtres, nos prédécesseurs, qui ont conversé avec les apôtres. Dans ma première jeunesse, je t'ai vu en Asie, chez Polycarpe, dont tu recherchais l'estime, exerçant toi-même une fonction importante à la cour de l'Empereur. Je me souviens mieux de ce temps-là que de ce qui vient de in'arriver à l'instant; car les connaissances que l'oii a rerues dans reniance croissent avec l'àme, et s'unissent à elle. Je pourrais dire le lieu où s'asseyait ce hienheureux homme quand il discourait, sa démarche quand il parlait, sa manière de vivre, sa contenance, les discours qu'il adressait au peuple; comment il nous racontait qu'il avait vécu avec Jean et les auti-es qui avaient vu le Seigneur ; comment il se souvenait de leurs paroles et de tout ce qu'il en avait recueilli touchant le Christ, ses miracles et sa doctrine. Polycarpe rapportait tout cela conformément aux Écritures , l'ayant appris de ceux qui avaient vu de leurs yeux le Verhe de vie.

« Dieu me faisait alors la grâce d'écouter tous ces discours avec une grande application , et de les écrire, non sur le papier, mais dans mon cœur, où, par la miséricorde de Dieu, je les repasse encore continuellement *. Je puis assurer que si ce saint vieillard avait ouï ([uelque chose de semblable à ce que tu dis, il au-

1. Ha;c ego divina milii largiente clemcntia tune studiosiusaiidiebam, non in cliarta, sccl in corde nico audita desciii^ens ; eademque per Dei gratiani assidue rejjeto ac revolvo. Kuseb., Ilist. eccl. v, 20.

25b IIISTOlHt: DE LA GALLi;.

(( rail huaclié ses oreilles, et se serait écrié, suivant sa « coutume : 0 bon Dieu! à quel temps m'avez-vous ré- « sei'vë * ! »

Irénée n'eut pas seulement la gloire de combattre rhérésie, il eut celle de prévenir un schisme qui causait déjà de grands déchirements dans la chrétienté. Voici à quelle occasion. On n'avait jamais cherché à s'entendre sur l'époque de la célébration de la Pàque : les uns croyaient qu'on devait rompre le jeûne et célébrer la résurrection le quatorzième jour de la lune, en queUpie jour de la semaine que ce jour tombât : c'est ainsi que taisaient les .Juifs: et leur coutume, pratiquée par saint Jean et saint Philippe, était devenue la règle dans les communautés chrétiennes de l'Asie Mineure. Suivant les autres, au contraire, la résurrection ne devait êti-e solennisée que le dimanche, et le jeûne devait se prolonger toujours jusque-là. C'était l'opinion de l'église de Rome, fondée sur l'exemple des apôtres saint Pierre et saint Paul. Les deux opinions se présentaient donc avec une égale autorité. L'Orient se conformait généralement à la règle des églises de l'Asie Mineure, l'Occident à celle de l'Église romaine. Cette différence subsista longtemps, sans nuire à la concorde; car la question, étrangère au dogme, restait comprise dans ces matières de pure discipline qu'on abandonnait volontiers au libre arbitre des localités. Potliin et Irénée, lors de leur arrivée en Gaule, n'avaient donc point fait difficulté de se soumettre à la pratique des Occidentaux, quoique habitués jusqu'alors à celle des Asiatiques. Il arriva même qu'un prêtre

I. Exclamaturnm continuo, et obturatis auribiis suis dictnrum fuisse prout ipsi moris erat : Deus l)ono, quas me iu tempora reservasti, ut. haec sustinereni! Epist. laud., ap. Eu--eb., bic. rit.

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