‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 216 sur 353 · Euseb., Hist. ceci., vi, 2"^. — Oros., vu · texte numérisé non relu

Euseb., Hist. ceci., vi, 2"^. — Oros., vu

268 IIJSI on; F, l)K LA GAULI!.

l'Kni|)ir(', nul doulc ([ii'il n'eut excité une peiséciilion leiTJble, en ii'veillanl la luieuj- des masses, dniil il parlagcail rignorance el suipassait la Jjrulalilé. lleureusenient que le lenips el le pouvoir lui manquèreul, et que son mauvais vouloir se borna à emprisonner des prêtres et à détruire les ("dilices consacrés au culte chrétien ^ L'église gauloise, qui se trouvait sous sa main, dut éprouver plus fortement que toute autre ces violences, dont l'Orient même ne fut pas exempt.

A l'époque de son avènement au trône inq)érial, et à l'occasion des gratifications qu'il accorda aux soldats sur les bords dn Rhin, un incident tout à fait nouveau vint fournir des prétextes aux ennemis du christianisme, et stimuler cliez Maximin ses instincts de persécution.

On distrihuait dans le camp les lihéralités d'usage, et chaque soldat, sortant du rang à son tour, s'avançait pour recevoir sa part, la iète couronnée de laui'ier. Dans le nomhre, il y en eut un qui se présenta sa coiironne à la main et non sur la tête comme les autres, déclarant liautement par là qu'il était chrétien-. Celte siugularité le fit aussitôt remarquer. Chacun le montre au doigt; ceux qui sont loin s'en moquent; ceux (jui sont près murmurent'^ el le bruit passe jusqu'au [ril)un. Cependant le soldat était devant le centurion et réclamait sa part. Le trihun s'approche et l'interroge : « Pounpioi, (( dit-il, n'es-tu pas comme les autres? » Il répond qu'il ne le peut. On lui demande ce qui l'en empêclie : u Je <( suis chrétien, » reparl-il alors. On prend les avis; on

1. Euscb., Hist. eccl., vi, '28. — Oros., vu, 10. — Su!p. Sev., ii, 45. — Cf. Tillem., Hist. des emp., t. III, p. 271.

2. Vulgato jam etista disciplina christiano. Tertull., de Corou., I.

3. Singuli designarc, et Iiidere eminus, iiifrindere coniiiius. Id., ibid.

LIVHE Jll. —CHAPITRE II. 209

remet l'affaire, et on le renvoie devant les préfets. Le soldat fut dégradé et très-vraisemblablement puni de la peine capitale : il était montaniste.

Cette action agita beaucoup les esprits, et on la jugea diversement. Les païens irrités y virent un outrage aux institutions de l'Empire. L'Église orlbodoxe la blâma comme une bravade inutile et malbeureuse; comme une reclierche téméraire du martyre, au préjudice de la religion qu'on engageait pour une cbose sans importance; comme un trait d'orgueil destiné surlout à montrei* que, parmi tous les chrétiens qui composaient la compagnie de ce soldat (il appartenait pro])ableinent à quelqu'une des légions d'Orient), lui seul avait du cœur et de la foi ^ Mais le montanisme ne se tint pas pour ])attn ; non content de défendre le zèle du soldat martyr, il l'exalta et le glorifia; il s'en fit un texte d'accusation contre la tiédeur des catholiques dont il assimilait le blâme à celui des païens-. ïertullien se fit l'éloquent et amer interprète de ces colères, dans un livre qu'il composa exprès : livre curieux, où l'on voit jusqu'à quel point les sectes ardentes, comme celle de Mon ta nus, compromettaient le nom chrétien et amenaient inévitablement une lutte prochaine avec le pouvoir civil. Tertullien y attaqua sans ménagement la profession des armes : « Ce soldat, dit-il, jette là sa casaque qui lui « pesait tant, et commence à respirer; il détache de son (( pied sa gênante chaussure et marche enfin sur la terre (( comme un chrétien et un saint; il rend cette épée

1. Solus scilicct fortis; inter tôt fratrcs commilitones, soins christiunus, Tertull., de Coron., 1.

2. Exinde sentcntiaî super illo, ucscio an christianorum, non enim aliaî cthnicorum. Id., ihid.

270 1 1 1 S r o 1 li 1-: D 1-: l a g a u l i;.

« qu'il n'avait pas rorue pour la défense du Seigneur; (( sa couronne même tombe de ses mains. Ce n'était pas (( un de ces chrétiens qui se persuadent qu'on peut ser- « vir à la fois deux maîtres '. »

Au reste, cet excès d'ardeur dans les sectes dissidentes prouvait la vitalité du chiistianisme. Au milieu du troisième siècle, rÉgllse catholique elle-même, en Orient, avait peine à retenir ses enfants, que la tolérance ne contentait plus et qui voulaient davantage. Loin de craindre une lutte, ils semblaient souvent la défier; les manifestations extérieures, les otTenses au culte païen se multipliaient. On vit, sous Philippe, une ville du Pont, convertie presque tout entière au christianisme, briser les statues de ses anciens dieux et raser leurs temples -, Les provinces asiatiques, où les forces des deux religions se balançaient déjà, ne s'étonnaient point trop de ces agressions, préliminaire évident d'une guerre à outrance entre deux peuples égaux; mais pour l'Occident, il y avait là une audace qu'on ne comprenait pas et qui indignait.

Quoique Philippe, ainsi que je l'ai déjà dit, ne fût pas homme à sacrifier ses intérêts à sa croyance; quoiqu'il remplît exactement tontes les obligations païennes d'un empereur romain, et qu'il en donnât une preuve éclatante dans la célébration des jeux séculaires pour la

1. Ibidem gravissimas pciuilas posuit, relevari auspicatus; sppculatoriain morosissimam de pedibus absolvit, terrœ sancte insistere incipiens; gladium nec dominicne defensioni necessarium reddidit; laurea et de manu corruit. Tertull., de Coron., !.

2. Nam quum jam in omnes partes divini verbi prasdicatio divulgata esset, et omnes tam qui urbem habitarent, quam qui agrum vicinum incolerent, ad piam doctrinaî fidem traducti essent : altaribus atque delubris, quœque ibi inerant, sinuilacris eversis, etc. Greg. Nyss., Vit. Greg. Thaum., 23.

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