LIVRE III.- CHAPITRE II
millième année de la fondation de Rome^ : quoique, en un mot, rien ne fût changé dans l'État, pour qui se bornait aux apparences, il y avait un grand changement, et les chrétiens le savaient bien. Les docteurs tels qu'Origène, avec qui Philippe et Otacilia Sévéra restèrent toujours en rapport de confiance intime ^, pouvaient dire aux fidèles que l'Empereur n'avait point cessé d'être leur frère, un frère prudent, mais convaincu. Cette assurance autorisait les chrétiens à marcher et à le pousser lui-même. Tranquille pour sa propre existence, l'église romaine put alors se livrer tout entière à la propagande, qu'elle avait trop négligée hors de l'Italie. Le christianisme occidental, comparé au christianisme oriental, se trouvait en effet dans une infériorité numérique immense, à laquelle beaucoup de causes avaient contrii)ué, mais dont les évêques de Rome s'étaient rendus coupables, pour une bonne part, en perdant beaucoup de force et de temps à des luttes de discipline contre les églises asiatiques. L'occasion se présentait maintenant de réparer ces fautes ; et le pontife qui occupait alors le siège de saint Pierre, Fabianus, sut la reconnaître et en profiter.
Fabianus, que la chrétienté honore sous le nom de saint Fabien, était un de ces vieux Romains du Latium et de la Sabine, calmes, pratiques, opiniâtres, faits pour gouverner ^. 11 habitait la campagne aux environs de Rome, lors de la mort du pape Antéros. Convoqué pour l'élection du nouvel évêque, il s'fMait rendu avec quel-
1. Aur. Vict., Ctes., 30. — Hieronym., Cliron.— Cf. Tillem., Mist. des Emp., t. IIJ, p. 307. — Eckhe!, Doclr. num., vu, 323 et soqq.
2. Eiiseb , Hist. eccl., \i, 30. — Hieronym., de Vir. ill., b't. — Vinc. Lerin., 23.