LIVRE III. — CHAl'lTRH III
rappela par quelques bons côtés de sa vie, et par les circonstances fatales de sa niort^ On disait de lui « qu'il 'i était vaillant dans la guerre, bon dans la paix, et doué (( de toute vertu et de toute science^. » Un pareil bonime n'avait certainement point trempé dans une lâche perfidie, et la sincérité de ses protestations a été admise par l'histoire. Mais une fois empereur, il entra contre les actes de son prédécesseur dans une voie de réaction où le conduisaient ses idées et ses croyances; et attendu qu'un des caractères de toute réaction contre l'Orient était la proscription rigoureuse du christianisme, Décius fut persécuteur après Philippe, comme Maximin après Alexandre.
Il n'y avait rien là d'ailleurs que de conforme aux préjugés de l'éducation occidentale. Ces hommes énergiques que produisait l'Occident, Maximin, Décius, Aurélien, Claude, Maximien, Dioctétien, se montrèrent tous ennemis du christianisme. La pln|)art appartenaient à rillyrie, où la religion du Dieu crucihi', à peine connue, était encore sous le poids des déclamations calomnieuses des philosophes et de la haine brutale des masses. Païens zélés, presque tous, parce que l'incrédulité systématique n'avait point encore atteint les populations d'où ils sortaient, on les voyait apporter dans les luttes de religion un fanatisme sincère que n'avaient plus les Italiens. Le sénat, retranché dans la raison d'État, applaudissait à leur zèle, exploitant, en vue de l'utilité politique, des sentiments qu'il ne partageait point. C'était par la multitude ignorante, en Italie, par les provinces naguère
1. Decios... quorum et vitaet mors vetoribuscomparancla oM. Vopisc, Aurelian. (Ilist. Aug. Script., cd. Salmas., Par., 1020, iii-fol.), p. 2'2:i.
2. Artibus cunctis virtutibvisquo instnictissimus, placidiis et communis, et iu armis promptissimus. .'\iir. Virt., Kpit., 31.
barbares dans lo leslo (\o l'Empire, que le paganisme se soutenait, parce qu'il ne roni])tait plus ailleurs de con- Yiclions assez ardentes. Mais, par une conséquence naturelle, il y élail inlnlérant et fanatique; il y voulait la guerre comme le christianisme commençait à la vonloiien Orient; l'Empire se trouvait donc dans celle alh'rnative ou de laisser aux chrétiens orientaux l'initiative d'une lutte, ou de la prendre lui-même, en s'appuyant sur l'Occident.
Décius adopta le dernier parti, et, dès le jour de son avènement, la persécution éclata sous des formes qu'elle n'avait point eues jusqu'alors. Ce ne furent plus des mouvements tumultueux, des désordres locaux, un élan spontané de la foule entraînant le gouvernement; ce fut une résolution mûrie par le gouvernement; lui-même, une mesure générale émanée de sa volonté, proclamée par lui, dirigée par ses représentants. Un édit impérial, dont l'exécution était mise sous la responsal^ilité des gouverneurs des provinces, ordonna aux chrétiens d'abjurer sans délai entre les mains des magistrats, ou de se résoudre aux dernières rigueurs*. La publication, faite solennellement partout, fut partout suivie d'une agitation inexprimable. Les magistrats, suspendant toute affaire publique ou privée, n'eurent plus qu'une seule occupation, celle d'informer, d'arrêter, de faire montre de zèle administratif et de dévotion païenne; les populations n'eurent plus que deux sentiments, celui de la haine d'un côté, celui de la défiance et de la terreur de l'autre.
On sait que les Romains avaient fait non-seulement de
1. Kuseb., VI, Hist. ceci., 39, 41. — Lact., de Morte persec, 4. Oros., VII, iï. — Cyprian., passim.