LIVRK III. — CHAPITRE III
la mort, mais de la torture, des interrogatoires, de toutes les angoisses des accusés un spectacle de curiosité et presque un afïreux plaisir. On étala donc sur les places, partout où existaient des juridictions criminelles, les chevalets, les glaives, les chaises de fer, les brasiers ardents, les ongles d'acier, les croix, et on approvisionna les cirques de bêtes féroces '. Les païens laissaient éclater à cette vue une joie fanatique, tandis que les chrétiens se détournaient épouvantés. Dans les provinces d'Orient et d'Afrique, où le christianisme, assez puissant pour lutter contre la religion établie, avait déjà ouvert les hostilités, les polythéistes, enhardis, se hâtaient de prendre leur revanche avec une sorte de rage. Les uns couraient dénoncer les hommes qu'ils soupçonnaient d'être chrétiens, d'autres les signalaient dans les rues, d'autres fouillaient les maisons ou guettaient aux portes des villes les malheureux qui tentaient de s'enfuir-. Voisins^, amis, parents, on se trahissait sans miséricorde. La défiance pénétrait jusqu'au foyer domestique avec toutes les passions haineuses, et l'on vit des pères livrer leurs fils, et des fils leurs pères^ Plus de réunions, plus de conversations d'amitié; on ne parlait que supplice et mort; on évitait de se rencontrer; des villes devinrent presque désertes et des déserts se peuplèrent*. Les édifices publics, les palais, les temples vinrent en aide aux prisons deve-
1. TciToreni autem oninino incutiebat vai'ius siippliciornm apparatus... gladii quideni et ignis, et bestiœ et cavese, mcmbrisque torquendis instrumenta. Greg. Nyss., Vit. Greg. Thaum., 23.
2. Alii quideni eos indagabant qui celabantur; alii autem fugientibus obstabant. Id., ibid.
3. Filius paganus fidelium parentuni proditor fiebat; filiiquo pater accusatorem se gerebat. Id., ibid.