Euseb., loc. cit. — Rufin., vi, 33. — Tboodorrt., m
286 lllSrOlllK DK LA CAULK.
discipline plaisniil loiijoiiis aux Occidentaux, une partie du clergé romain se rangea du côté de Novatien, loi'sque celui-ci se mit à prêclicr que tout homme tombé devait être exclu de TÉgiise, et que la pénitence ne relevait d'aucune chute, appuyant ces dogmes désolants sur l'axiome stoïcien de l'égalité des fautes. Mais où dételles doctrines excitaient le plus d'applaudissements, c'était dans les prisons; elles y venaient fortifier, exalter par l'orgueil le courage des confesseurs. Ceux qui avaient été élargis se rendaient près de Novatien, l'accompagnaient aux assemblées, lui servaient de cortège; et le sectaire aimait à se montrer entouré de ces austères dévouements et de ces cicatrices glorieuses*. Ce fut hientôt une petite église dans l'église de Rome, une église puissante par l'autorité attachée au titre de confesseur, et qui, dès l'ahord, ne divisa pas seulement l'Italie, mais i'AMque et jus({u'au.v provinces lesplus reculées de l'Asie. Essentiellement faite pour l'action, la communauté novatienne avait tenté et accompli un grand coup. L'état de l'Église après la mort du pape Fabien enlevé en 250, dès les premiers jours de la persécution, la dispersion des fidèles, et la surveillance active qui s'exerçait sur eux, ne permirent pas qu'on le remplaçât aussitôt. Les chrétiens disaient que Décius eût plutôt souffert un compétiteur à l'Empire qu'un évêque à Rome -. Chargés de l'administration pendant l'interrègne, les prêtres et les diacres s'en étaient acquittés avec zèle et courage, pendant seize mois. Au bout de ce temps, la persécution s' étant peu à peu ralentie, on avait pu se réunir, et l'as-
1. Euseb., Hist. eccl., vi, i3. — Cypriau., Epist. 40, ilT, 51.
'2. Tyrannus infcstiis sacerdotibus Dei... qauni niulto patientius et tolerabilius audiret levari adversiis se a^mulum priiicipem, quam constitui Koiiiiv Dei sacerdotciu. Cypriau., Epist. 5^2.
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semblée avait élu pour évêque un homme modeste et pacifique, Corneille, dont nous avons déjà parlé. Novatien protesta contre ce choix qui appartenait aux opinions modérées ; ses partisans firent à leur tour une élection dans laquelle lui-même fui nommé ' ; trois évoques, qu'on appela de diverses villes d'Italie, lui imposant les mains, le consacrèrent en qualité de pape de Rome. Cet événement donna lieu à des bruits étranges. On prétendit que ces évèques, gens simples et rustiques, capables de donner dans toutes les ruses-, avaient été enfermés, au moment de leur arrivée, dans une maison où on les avait gorgés de viande et de vin, tellement qu'ils étaient ivres quand ils avaient sacré le schismatiquc '. Lorsqu'on songe à la crédulité passionnée des partis et à leur méchanceté souvent involontaire, on se tient en garde contre de pareilles accusations : celle-ci, d'ailleurs, était peu compatible avec les défauts mêmes de Novatien. Beaucoup d'évêques n'en tinrent aucun compte, et communiquèrent avec le nouveau pape comme avec le chef légitime de l'église romaine ; de ce nombre fut l'évêque d'Arles, Marcianus.
.Alarcianus se jeta avec vivacité dans ce schisme où sa position particulière le rangeait d'avance en quelque sorte. Un grand scandale avait affligé l'église d'Arles ; un
1. Eiiseb., Hist. eccl., vi, 45. — Cypiiaii., Epist. 44, 52 ut iiassini. — Theodoret., m, 5.
2. Très episcopos hominos plane rudes ac simplices. — Qui ([uum advenissent homines, ut jam diximus, siniplicioris ingenii, iiec iu his perditorum hominuni artibus ac fallaciis satis tuti, eos ille a quibusdam sibi similliniis quos ad id comparaverat, inclusos bora décima, temulcntos et crapula oppresses, aduml)rata quadam et inani manuum impositione episcopatum sibi tradere per vim cogit ; eamque nulle sibi jure competentem per fraudem atque insidias vindicat. Euseb., Hist. ceci., vi, 43.