‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 232 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

milieu de ces embarras du siège de Rome, les églises transalpines ne pouvaient s'adresser utilement pour leurs affaires qu'à l'évêque de Carthage ; Faustinus lui avait donc fait remettre successivement deux lettres pressantes; et, comme la chose était grave aux yeux de Cyprien, dès qu'il vit le calme rétabli en Italie, il excita le pape Etienne à user de son autorité dans le plus court délai.

« Frère très-cher, lui écrivait-il, deux lettres de Faustinus m'ont informé d'une chose que tu connais déjà, savoir, que l'évêque d'Arles, Marcianus, s'est joint aux novatiens. Il s'est séparé de l'Église catholique et de notre corps, pour eml^rasser cette inhumaine et orgueilleuse hérésie, qui ferme la porte des miséricordes divines à ceux qui y frappent avec larmes et gémissements. C'est à nous, qui croyons à la bonté de Dieu et qui tenons en main la balance oîi les besoins de l'É- ; glise sont pesés avec un juste tempérament S c'est à nous de maintenir envers les pécheurs la rigueur de : la discipline, mais aussi de les relever quand ils ont failli, de les guérir quand ils sont blessés, de leur ac- ; corder le pardon quand ils l'implorent. Écris donc ; avec détail à nos collègues les évèques des Gaules ce ; qu'ils doivent faire, pour que Marcianus, l'ennemi de ; la bonté de Dieu et du salut de ses frères, ne nous in- 1 suite pas davantage; pour qu'il ne se vante pas, i l'homme superbe et présomptueux, de s'être séparé I lui-même de nous, tandis que nous n'osons pas l'ex- 1 communier. Ne serait-ce pas une chose honteuse (*de voir Novatien excommunié par les évèques de

1. Cui rei nostrum ost consulere et subvenire, qui divinam clemeniam cogitantes, et gubernandsc Ecclesiaj libram tenentes, sic censuram igoris pcccatoribus cxhibcmus... Cyprian., Epist. 67.

u loiilc la leri'p, et ses partisans impunis se moquant de « noti'e impuissance? Envoie, je te prie, à la province <( narhonnaise et au peuple d'Arles des letlres par lesc( quelles tu excommunies Marcianus et tu pourvoies à ce K (|u"un autre soit élu à sa place ', afin que le troupeau <( de Jésus-Christ, dispersé et al)andonné jusqu'à cette (( heure, soit recueilli et rallié. Qu'il nous suftise que « plusieurs de nos frères soient morts, ces années pas- (( sées, sans recevoir la paix, tàclions de secourir ce qui (( reste.

(( Il faut un poit aux vaisseaux, quand les mouillages « de la côte sont devenus impraticables ou dangereux ; « il faut une hôtellerie au voyageur, quand les maisons (( de la route sont mauvaises et remplies de voleurs. Le (( corps des évèques n'a été institué si grand, mon trèsci cher frère, toutes ses parties n'ont été si bien liées, si <i solidement unies ensemble, qu'atin de porter secours (i au troupeau, quand un de nous y sème la contagion; « d'ouvrir un port au navire, quand la tempête le me- « nace; de préparer une hôtellerie au voyageur blessé (( sur le chemin ^.

« Dieu dit qu'il a en exécration les hommes qui se « complaisent en eux-mêmes et qui sont arrogants et « superbes. Marcianus s'est mis de ce nombre.... Qu'il « ne prononce donc plus contre les autres une sentence « de condamnation, mais que lui-même soit condamné;

1. Dirigantur in Provinciam, et ad plebeni Arolate consistentem a to littera?, quibus, al)stento Marciano, alius in locum cjus siibstituatur. Cyprian., Epist. 67,

2. Quod uunc esse apud nos débet, ut fratrcs nostros qui, vitatis iMarciani scopulis, petunt Ecclesias portas salutares, suscipianius ad nos prompta et benigna humanitate, et stabulum commcantibus prasbeamus taie, quale est in Evangelio... kl., ibid.

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