LIVRE III. — CHAPITRE III
(( qu'il ne s'établisse plus le juge des évêques, lui que « les évêques ont jugé. Écris -nous aussi qui aura été « promu à la place de Marcianus, afin que nous sait chions à qui nous devons désormais nous adresser '. »
On ne sait pas bien quel fut, sur le pape Etienne, l'efifet de cette lettre si ferme et si éloquente, mais où respirait un ton d'autorité qui put déplaire à l'évèque de la ville éternelle. Rome cbrétienne ne voyait pas sans jalousie Carthage cbrétienne prendre, comme elle l'avait fait depuis un demi-siècle, un ascendant si incontestable, et laisser loin derrière elle, par la gloire des Tertullien et des Cyprien , toutes les églises de l'Italie. Assez disposé, pour son compte, à secouer le patronage de l'évèque africain, et cbercliant même déjà une occasion de rompre avec lui, Etienne n'obtempéra point aux avertissements de sa let^lre; du moins paraît-il certain qu'il n'excommunia pas Marcianus. De ce moment, on ne parle plus du schisme d'Arles, qui peut-être tomba de lui-même, et peut-être fut étouffé par la seule intervention des évêijues transalpins. En tous cas, l'alarme avait été vive, et la Gaule chrétienne dut éprouver une grande joie quand la fin de ses divisions lui permit de réserver toutes ses forces contre les païens.
La persécution, en effet, ne l'avait guère ménagée; et, pour bien exposer ce qui s'était passé de ce côté des Alpes depuis l'édit de Décius, je dois ramener le lecteur un peu sur ses pas, et reprendre le récit de la mission des sept évê([ues, où je l'ai laissé dans le chapitre précédent.
Plus heureuse que l'église d'Arles, celle de Narbonne, où Paul s'était arrêté, ne vil point faillir son chef; mais
I. Sentcntiîim non dicat, sed accipiat, ncc sic agat quasi ipse jndicavcrit de collegio saccrdntum, qiiando ipsc sit ab universis sacordotiijus judicatus. Cyprian., Epist. 07.
292 lIISrolliK DK LA GAULE.
de tristes discordes, l'ruit del'aniniosité de deux diacres, ennemis acharnés de l'évêque, en bannirent longtemps la paix ^ Pourtant, en dépit de ses embarras intérieurs, elle se développa assez pour englober d'un côté Béziers et une partie du pays vers les PjTénées; de l'autre, Avignon et une partie des Cévennes. Des communautés se constituèrent en plusieurs lieux. Apt et la lisière des Alpes s'associèrent au mouvement, mais un peu plus tard \
Le troisième des sept évêques, Saturninus, avait choisi Toulouse, ainsi que je l'ai dit plus haut : poste brillant, mais plein de dangers. La cité pallacUcnne ^ aux cinq grands quartiers séparés qui en faisaient comme autant de villes *, aux écoles savantes nourries d'enthousiasme pour les lettres latines et grecques, Toulouse, n'avait encore entendu prononcer le nom du Christ qu'au miUeu des malédictions et des railleries. A l'instar de Rome, elle s'était construit un temple magnifique qu'elle avait appelé Capitale, où l'on tenait vraisemblablement les assemblées politiques, et où l'on adorait le grand dieu de l'Empire, Jupiter, avec Minerve, la patronne de la ville '\ Ce temple était fort en faveur, et les oracles qui s'y rendaient très-accrédités au loin, ce qui produisait aux prêtres un revenu considérable. Saturninus, ayant réussi bientôt à se former un petit troupeau