LIVRE I. — CHAPITRE I
promise aux soldats. La part distribuée aux prétoriens se dissipait en festins, en débauches de tout genre, et ces orgies étaient une occasion de déclamations passionnées contre l'empereur, de projets sanguinaires conçus dans l'ivresse ^
Enfin, le 28 du mois de mars, quatre-vingl-sept jours après celui où Pertinax avait accepté ce redoutable pouvoir qui lui échappait déjà, trois cents prétoriens, réunis spontanément, sortirent de leur camp, et, traversant la ville, l'épée nue, envahirent le palais. Un moment, l'empereur, que les serviteurs de la maison impériale avaient abandonné lâchement, arrêta ces furieux par l'autorité de sa présence et par la gravité de sa parole^. La plupart déjà, honteux et repentants, commençaient à se retirer, quand un Gaulois tungrien, nommé Tausius ^ que sa haute taille, sans doute, avait fait admettre dans ce premier corps des milices romaines, (soit que nouvellement arrivé en Italie il n'eût pas bien compris les paroles cju'il venait d'entendre, soit que les passions agissent plus violemment dans cette nature à moitié sauvage) fit un pas en avant, et, plongeant son épée dans la poitrine de Pertinax : « César, lui dit-il, voilà un présent de tes sol- « dats*! » A ce cri, à la vue du sang qui jaillissait, les prétoriens retrouvèrent toute leur fureur; la tête du vieillard, détachée du tronc, fut placée au bout d'une pique, et la troupe regagna son quartier, au pas de course, en balayant tout devant elle^
A la nouvelle de ce crime, une indignation et une