LIVRE III.— CHAPITRE III. :j(l
rait pas faute d'un homme ^ ; puis bientôt, cédant à l'impulsion de son cœur, il se précipita du côté où son fils gisait expirant, pour le revoir et pour le venger. De ce côté s'étendaient des marais profonds formés par les atterrissements du fleuve, circonstance que Décius ignorait et qu'il ne put découvrir, car le jour baissait, et déjà l'horizon devenait sombre. On prétend que Gallus, consulté, envoya de faux renseignements, et qu'il avertit en même temps l'ennemi de la direction que prenait l'Empereur ^ Celui-ci alla donc, avec les troupes qui le suivaient, s'engager dans des fondrières où elles ne purent bientôt plus ni avancer ni reculer, Les Barbares, accourus en force, engagèrent un combat inégal pour les Romains : la nuit arriva-, et consomma la défaite de Décius, qu'on ne retrouva que le lendemain, dans la boue, où il était mort étouffé ^. Les chefs des Gotbs, par un acte de vengeance sauvage, lui refusèrent les honneurs de la sépuhure, et le corps de l'empereur romain resta livré en pâture aux oiseaux et aux loups. Ce coup tragique, qui terminait sitôt son règne et s'étendait jusqu'à son cadavre, remplit de douleur le sénat et tous les amis de la vieille Rome ; mais les chrétiens en triomphèrent en secret : » Voilà, se dirent-ils entre eux, et répétèrentu ils quelquefois aux païens, voilà comment périssent les (i ennemis de Dieu et les persécuteurs de son Église ^ » Décius avait gouverné un peu plus de deux ans : peu-
1. Detrimcntiim unius militis parum videri sibi. Aur. Vict., Cegs., '2'J.