LIVRE III. — CHAPITRE III
Ce n'était pas trop, au reste, des soins d'un général habile et de la présence d'un Auguste, pour maintenir contre les Germains l'intégrité des provinces occidentales. De grandes prises d'armes avaient lieu sur le Rhin et sur le Danube, où les confédérations franke et alamane préludaient, par des escarmouches journalières, à une attaque plus sérieuse de la Gaule, pendant que les Marcomans, les Burgundes, les Hérules, les Goths, menaçaient riUyrie et la Thrace. Une agitation générale s'emparait du monde barbare européen, comme au temps de Marc-x\urèle, avec cette complication de plus, que les barbares d'Orient ne restaient pas en paix. Le roi de Perse Sapor ou Schapour, successeur d'Artaxerce, s'était lait en Asie le centre d'une coalition qui ralliait tous les rois ses voisins, depuis celui d'Arménie jusqu'aux chefs des peuplades situées vers la mer Caspienne et le Caucase. Les Arabes du désert, à la solde d'Odenath, prince dePalmyre, lui avaient aussi promis leur secours. 11 n'y avait pas jusqu'aux tribus noires de l'Ethiopie et aux Maures de la Libye qui, excités par ses agents, ne se préparassent à troubler l'Egypte et l'Afrique. On eût dit que cette ceinture de Barbares qui enveloppait le inonde romain du côté de la terre ferme, se hérissant d'armes tout à coup, venait étreindre et forcer sur tous les points à la fois Bome et la civilisation ^
Les provinces maritimes elles-mêmes ne restèrent
au lieu de supposer à Gallien, comme le savant auteur de l'Histoire des Empereurs, dix-huit ou vingt ans, je lui en donne environ vingt-cinq, ce qui me paraît plus conforme à l'histoire. Bréquigny (Mém. de l'Acad. des Inscr., t. XXXII) suit le texte d'Aurélius Victor, mais il est obligé de dénaturer le sens de la lettre de Valérien.
1. Treb. Poil., Valerian.,Gallian. et Ti-ig. tyran. — Vopi^c, Aurelian. — Aur. Vict., Cœs. et Epit., 33. — Zosim., r, 16 et seqq. — Zonar., xii, passim.
pnini a l'abri du danger : rOcéaii ne les sut pas garantir. Tandis que Postume défendait la ligne du bas Rhin contre les Franks, ceux-ci mirent à la mer une flotte de leurs vaisseaux d'osier garnis de peaux, montée par des jeunes gens d'élite, à la fois guerriers et rameurs ; et l'expédition alla débarquer inopinément sur la côte gauloise ^ On ne s'était pas attendu à tant d'audace; et le pays, pris au dépourvu, se laissa d'abord saccager sans résistance-; puis, sitôt que les populations parvenaient à se réunir, sitôt qu'on pouvait tenir tête aux pirates, ceux-ci regagnaient la mer et s'éloignaient. Ils errèrent longtemps de place en place, guettant et ravageant tous les endroits mal gardés. Chassés enfin de la Gaule, et de marins devenus soldats de terre, ils descendirent en Espagne, traversèrent cette province dans toute sa largeur, du couchant à l'orient, prirent Tarragone et en firent leur place d'armes ^ Il fallait que, chemin faisant, leur troupe se fût bien grossie de malfaiteurs et de gens mourant de faim, puisqu'elle sut s'y maintenir pendant près de douze ans''. Un jour enfin que le goût de la mer leur revint, avec le désir de piller ces cités opulentes de l'Afrique qui semblaient poindre en face d'eux à l'horizon, ils enlevèrent tous les vaisseaux et bateaux de la côte, en firent une flotte et partirent ^ Ce qu'ils devin-
1. Franci ipsi, prœter ceteros truces, quorum vis, quuni ad bella effervesceret, ultra ipsum Oceanum sestu furoris evecta... Nazar., Paneg. Constantin., 17.