LIVRE III. — CHAPITRE III
rent, on n'en sait rien. Les escadres romaines, plus considérables sur la Méditerranée que sur l'Océan, les tempêtes, le climat, les excès surtout, anéantirent bientôt, selon toute apparence, ces bardis aventuriers.
Postume, à lui seul, gardait le Rbin,mais l'Empereur avait concentré en grand nombre, sur le Danube, armées et généraux. Il avait placé là Ingénuus, dont on ignore l'origine ; Régalianus, né en Dacie et qui se prétendait issu deDécébale'; un autre, Daco-Romain, Auréolus, bouvier devenu général - : c'étaient tous des gens de mérite, aimés de la Province et du soldat. A côté d'eux paraissaient Claudius, célèbre bientôt sous le nom de Claude le Gotliique, et Probus, plus jeune, et encore tribun. Le premier était né en Dalmatie ^ le second à Sirmium^ : si l'on y ajoute Aurélien, on voit que l'illyjie était alors pour Rome une pépinière bien féconde, nonseulement de cheis de guerre, mais d'hommes d'État distingués.
Tant de force et de talents rassemblés sur le même point ne réussirent pourtant pas à tenir les Barbares en respect : une troupe de Goths déborda sur la Thrace ; une autre, s'emparant de navires à l'ancre dans les ports du Ponl-Euxin, fit sur le littoral de cette mer ce que les Franks faisaient sur celui de l'Océan \ L'Espagne, la Gaule, rillyrie, la Grèce, les provinces du Caucase et de
1. Gentis Daciœ, Decebali ipsius, ut fertur, affinis. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 18'J.
"2. Zonar., xii, 25.
3. Suivant Trebcllius Pollio, on donnait pour patrie à Claude, tantôt la Dalmatie et tantôt la Dardanie, afin d'en faire un descendant de Dardanus. Claud., p. 20t).
4. Oriundus e Pannonia, civitale Sirmiensi. Vopisc, Prob., p. 23i.
5. Vopisc, Aurelian., p. 213 et seqq. — Zosim., i, 1(3, 17 et seqq.
l'Asie Mineure, tout se trouvait menacé à la fois; le sang coulait partout; partout les armées étaientsur le qui-vive. Sapor, profitant de circonstances si favorables, entra en Syrie et s'empara d'Anlioclie,qui lui lut livrée par trahison ^ Valérien, accourant de ce côté, où le péril était le plus pressant, reconquit en peu de jours la Syrie, et rejeta Sapor au delà de l'Euplirate.
Les choses s'annonçaient si bien, que le prince de Palmyre et ses Arabes, changeant brusquement de drapeau, assaillirent leurs alliés les Perses, comme ceux-ci passaient le fleuve^. Valérien, plein d'espérance, sentait qu'une marche heureuse sur Ctésiphon raffermirait aussitôt, non pas seulement l'Orient, mais tout l'Empire. La fortune le trompa dans ses vœux. Les ardeurs d'un climat malsain et les inondations irrégulières de l'Euphrate et du Tigre faisaient le grand danger de ces guerres, où les maladies pestilentielles étaient de moitié avec l'ennemi, et où la difficulté des transports amenait trop souvent la famine. De faux renseignements donnés sur les lieux et Timprévoyance des généraux avaient plus d'une fois livré, sans coup férir, des armées romaines, déjà vaincues par la disette et la peste. C'est ce qu'on avait vu tout récemment sous le jeune Gordien, et ce que le vieux Valérien ne sut pas éviter'. Macrianus, dit-on, le trompa comme Philippe avait trompé Gordien : une première bataille fut perdue; les troupes, dans le découragement, commençaient à se révolter, quand l'Empereur,
1. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 185. — Zosim., i, '20 et seqq. — Zonar., xii, 25. — Amm. Marc, xxm, 244.
2. Petr., Leg.,- 29. — Zosim., i, 21, 22. — Cf. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 182. — Syncell., 382. — Zonar., xii, 2i.
3. Treb. Poil., Valerian., p. 174. — Aur. Vict., Epit., 32. — Eutrop. — Zosim., I, 20. — Zonar., loc. cit. — Agath., iv, 153.