LIVRE I. — CHAPITRE I
tribuns au pied des remparts du camp, entra en pourparler avec les soldats. Didius avait acquis une sorte de célébrité par l'énormité de sa fortune, et par les prodigalités dans lesquelles il la consumait : sa personne ou son nom étaient donc bien connus des prétoriens. Ils se mettent à marchander avec lui le donatif au prix duquel ils consentent à le proclamer empereur. Un autre candidat à la pourpre impériale, le préfet de la ville, Snlpicianus', intervient et promet plus que ceux-ci ne demandent. Alors s'ouvre un véritable encan; les enchères se croisent et se couvrent l'une l'autre, et, au milieu des huées des soldats qui parodient le cri et les formules des ventes publiques-, la puissance des Césars est adjugée à Julianus pour vingt-cinq mille sesterces par tète de prétorien ^ Le soir, quand on sut que le sénat s'était réuni, le nouveau prince se mit en marche pour la curie, avec les cohortes prétoriennes, lui placé au centre, et les soldats marchant l'épée au poing, le bouclier sur la tète, dans l'altitude d'une troupe qui va livrer assaut*. Que pouvaient les sénateurs? ils décrétèrent que Julianus était empereur, Auguste, père de la patrie, et le titre
1. Il était beau-père de Pertiuax, qui l'avait envoyé au camp pour calmer l'émeute.
2. Constituto supra muram vocalissimo quoque, vénale publicaverunt imperium, tradituri ei , qui plurimum pecuniaî poUiceretur. Herodian., II, 40, — Dio, Lxxiii, M.
3. Vicena quina millia. Spartian., Julian., 61. — Dio, lwiu, 11. — 25,000 sesterces, 4^424 fr. 79 c. — Les autres soldats recevaient à proportion.
4. Sed induti armaturas milites, circumseptique undique, testudine facta, ut etiam si res posceret dimicarent, receptoque in médium imperatore suc, clypeis hastisque supra capita elatis... Herodian., ii, 41. — Dio, Lxxiii, 12.
d' Aucjust.a iui décerné à Manlia Scantilla sa Ipiiime, et à Didia Clara sa fille'.
Uidius Juliaiuisélail airière-pe lit-fils du raiiicux jurisconsulte adrumétain Salvius, un des conseillers d'Adrien et rédacteur de l'édit perpétuel-. Médiocre et voluptueux, il avait traversé sans éclat les plus hautes fonctions publiques. Commode l'avait tenu quelques années en disgrâce, puis rappelé à sa cour; et Didius, moitié par politique, moitié par goût, dépensait dans le luxe et les plaisirs, au milieu des parasites et des flatteurs, la plus grande fortune de Rome. Quoiqu'il eût déjà plus de soixante ans^ l'élévation de Pertinax lui avait tourné la tète, et la soif du pouvoir s'était emparée de lui, malgré la faiblesse de son caractère. Adonné à la magie, travers qui atteignait à cette époque des âmes bien autrement fermes que la sienne, il y trouvait un aliment inépuisaljle à ses espérances les plus hardies'*, Manlia Scantilla et Didia Clara, femmes altières, dévorées encore plus que lui du désir de dominer, caressaient sa folie et aiguillonnaient sans relâche ses irrésolutions ^ Elles étaient donc enfin parvenues au comble de leurs vœux; elles portaient ce titre d'Augusta si ardemment souhaité, elles prenaient possession de ce palais des Césars, objet pour elles d'une si longue envie. Mais l'histoire raconte qu'en pénétrant sous les voûtes où gisait encore le cadavre du dernier hùte^ en touchant du pied
1. Uxor etiam Manlia Scantilla et fllia ejus Didia Clara Augustœ sont appellatas. Spartian., Julian., Gl.