LIVRE 1. — CHAPITRE
le pavé humide de sang, elles frissonnèrent, et que le cœur leur manquai On peut croire que bien des illusions ne survécurent pas chez elles à cette première, mais terrible épreuve; elles n'étaient pourtant pas au bout.
Julianus sembla s'attacher à faire oublier l'origine de son élévation. Obséquieux envers les sénateurs, affable et caressant pour le peuple, il ne réussit cependant ni à gagner l'appui des premiers, ni à désarmer la haine du second ^ : les humiliations qu'il avait fait peser sur Rome blessaient trop au vif tous les cœurs romains. Il ne pouvait soj'tir du palais impérial sans être insulté, quelquefois môme attaqué à coups de pieri-es ^ : le sang coulait dans des rixes perpétuelles entre ses gardes et les citoyens. Il essaya de faire disti-ibuer de l'argent, mais la populace elle-même repoussa ses dons : « Non, non, lui (( criait-elle, nous ne voulons rien de toi"*. » Une ibis, à la suite d'une de ces rixes, le peuple courut aux armes et se barricada dans le grand cirque, envoyant un défi aux prétoriens et les provoquant à une bataille décisive que ceux-ci n'osèrent ou ne voulurent pas accepter. Alors se passa une scène imposante, mais triste, une des plus tristes sans doute doirt l'histoire ait conservé !e souvenir. Accablés par le sentiment de leur impuissance, ces milliers d'hommes, dans une acclamation solennelle, firent un appel aux armées de la république, leur remettant le soin de délivrer Rome des prétoriens et de leur
1. Trepidis et invitis eo transeuntibus quasi jam immincns exitium praesagircnt. Spartian., Julian., 01.