LIVRE IV. —CHAPITRE I
ils purent. Dans celte campagne glorieuse, les Romains, A défaut du nombre, avaient eu pour eux de grands talents, Aurëolus, Claude, Gallien lui-même cjui sembla vouloir se réhabiliter aux yeux du monde. Mais sui' ce caractère mobile à l'excès, tout glissait; et il ne semblait se grandir un peu que pour retomber plus bas. Loin de remercier l'assemblée de sa noble fermeté, si bien comprise par les populations italiennes, il s'en montra jaloux; et, soit qu'il fût alarmé de la résurrection de ce corps puissant, soit qu'il voulût tout simplement faire sentir qu'il avait seul vaincu et n'avait besoin que de lui seul pour vaincre encore, il défendit aux sénateurs de paraître davantage aux armées, et les exclut pour toujours des charges militaires ^ Cette loi fut une des plus grandes calamités de cette époque de calamités ; le sénat en murmura, mais il obéit.
Pendant les deux années que dura cette lutte de l'Italie contre la Germanie déchaînée, la Gaule donna un triste exemple del'égoïsme qui s'était emparé du monde romain. Loin de s'émouvoir à la vue d'un danger qui semblait devoir emporter Rome, elle ne fit que travailler plus actiA'ement à s'isoler, avec son empereur, ses légions et ses milices. Du moins réussit-elle par là à se délivrer des Alamans. Du côté du bas Rhin, Postume avait intimidé les Franks à ce point qu'il osa pénétrer chez eux et construire, sur leur territoire, des châteaux destinés à flanquer la limite transrhénane-, tandis que ses flottes donnaient la chasse aux pirates dans tous les parages de l'Océan. Cette dernière circonstance nous est
\. Aur. Vict., Caes. 37.
2. Nonnulla etiani castra, per scptcm annos, in solo barbarico œdificavprat. Trob. Poil,, Trig. tyran., p. 186.
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révélée par les inédaillos qui, dans leur langage énergique, nous parlent du retour de Xeplune^. A l'intérieur, il rommença des travaux doul plusieurs monuments ont conservé le souvenir-. Sa sollicitude parvint aussi à garantir la Gaule, au moins en partie, de la peste qui avait joint, en Italie, ses ravages à ceux de la guerre ^ Les légions lui votèrent à ce sujet des témoignages solennels (le leur reconnaissance ; et plusieurs médailles nous montrent, d'un côté, la tête de Postume à la fois radiée et laurée, et de l'autre, Esculape debout, avec cette légende : Santé de l'armée''.
Cette armée, qui se liait si étroitement à la fortune du nouvel empire, se composait de neuf à dix légions qui, au grand complet et les auxiliaires compris, auraient représenté bien prés de cent mille hommes; mais il s'en fallait de beaucoup qu'elles fussent entières. La Bretagne en renfermait deux, peut-être trois, l'Espagne une et la Gaule six. Le nom de ces dernières, qui nous intéressent surtout, nous est révélé, soit par les médailles, soit par quelques mots des historiens, lime semble qu'on ne le lira pas ici sans intérêt; qu'on n'apprendra pas sans une sorte d'émotion nationale quels étaient ces corps de l'armée romaine qui n'hésitèrent point à renier Rome et rifalie, pour mettre, il y a aujourd'hui quinze siècles, leur sang et leui' courage en commun avec ceux de nos pères.
i. Neptuno REDuci et Neptijno comiti. Mionnet, ir, Gl, (i8.
2. Entre autres l'inscription d(3 Cordoue. Fabr., 08C). — Mur., 400. — Orell., 1015,
3. Pestilentia tanta exstiterat vel Romne, vel in achaicis iirl)ibiis, ut nno die quinque millia hominum pari niorbo périrent. Treb. Poil., Gailien., p. 177. — Aur. Vict., Cœs., 3.1.