‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 288 sur 353 · LIVRE IV. — CUAPIir.E II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CUAPIir.E II

Soissons ou Strasbourg\ au service actif des légions, il était monté de grade en grade jusqu'à celui de général, La faveur dont il jouissait près des troupes était extrême, et, s'il la méritait bien légitimement par ses qualités morales, par sa franchise, sa droiture de cœur et sa bravoure-, il la devait aussi un peu à des avantages extérieurs, à sa belle prestance, à sa dextérité dans tous les" exercices, à sa force peu commune. Cette vigueur extraordinaire, et dont il aimait un peu à faire parade, était telle qu'il pouvait arrêter, d'un doigt, un chariot lancé, et qu'il pulvérisait, en les froissant dans sa main, les corps les plus durs^ On trouvait du reste en lui une nature simple et honnête, que la fumée des grandeurs n'enivra point. Son début était embarrassant; mais il alla lui-même, avec une franchise adroite, au-devant des critiques que ne pouvait manquer de susciter son élévation. « Camarades, dit-il aux soldats le jour où il fut (( proclamé, je sais qu'on peut m'objecter le métier que u j'ai fait dans ma jeunesse : me blâme donc qui vou- « dra ; mais fassent les dieux que je manie toujours le « fer au lieu de m'abîmer, comme Gallien, dans le vin « et les fleurs, dans l'ivrognerie et la débauche ^. Oui, <( qu'on me reproche tant qu'on voudra d'avoir été for- « geron, pourvu que l'ennemi reconnaisse que j'ai forgé (( pour sa ruine. Mais, à votre tour, mes chei's camarades.

t. Notitia Imper, ap. Script, rer. Gallic et Franc, t. I, p. l'iG.

2. Vlr stremuis, et gradibus militaribus usque ad iin])erium evectus. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 187.

3. Carra venleiitia digito salutari repulisse dicltur... Jlulta duoruiu digitorum allisionc contrivit... Id., ihid.

4. Sed dicat quisquc quod viilt. (Jtinani semper forruni exerceam; non vino, non floribiis, non mulierculls, non popinis, ut facitGallienus... depcreani. Id., ibid.

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« n'oubliez pas i|ii(' ic prince quf m)us \eiiez de t'hoisir « n'a su et ne saura jamais que tenir uneépée'. Jint( siste sur tout cela, parce que la peste dp luxure- ne <( pourra ni'accuser d'aucune chose au monde, sinon « d'avoir fabriqué des armes. »

Marius ne fut point trompé dans ses vœux : pendant son règne de quelques mois, il eut occasion de se mesurer sur le Rhin contre les Germains, en Bretagne contre les tribus indépendantes des monts Grampiens, et il le fit toujours avec bonheur ^ Mais un crime privé l'arrêta au premier pas d'une carrière si honorablement commencée. Un soldat des légions gauloises, qui avait travaillé autrefois sous lui comme ouvrier, et qui, à tort ou à raison, se crut négligé ou offensé par son ancien maître, le surprit un jour à l'écart, et Ini plongea son épée dans le sein, en lui disant : « La reconnais-tu, toi qui l'as force gée*? » Cette mort ramenait avec elle toutes les incertitudes dont on s'était tiré avec tant de peine.

Ce fut alors que Victoria conçut un projet vraiment hardi, celui d'appeler au trône impérial un homme qui n'appartînt point à l'armée, afin d'enlever le pouvoir souverain à la turbulence des ambitions militaires et de constituer, s'il était possible, quelque chose de stable dans le gouvernement. Pour ce projet, elle jeta les yeux

1. Vos tamen cogitetis velini, fecisse vos principem qui nuiiquam quicquam scierit tractare nisi ferrum. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 188.

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