LIVRE IV. — CHAIMTHE II, 3G
« un ciel clément, une terre arrosée et féconde, de longs « printemps et de courts hivers ^ »
Par la richesse et l'industrie qu'apportèrent les nouveaux venus, le petit port, situé sur un marais de la Garonne, le village obscur, que l'histoire n'avait nommé nulle part et que les géographes mentionnaient à peine, devint une cité florissante, un arsenal maritime, un des grands entrepôts du commerce des Iles-Britanniques et de l'Espagne occidentale avec l'Italie et l'Orient par Narbonne. La ville gallo-romaine, couronnée de vieilles forêts vers le sud-ouest, s'appuyait vers Test et le nord au lit de la Garonne'. Ses murailles formaient une enceinte carrée, flanquée de hautes tours, d'où l'œil embrassait sans confusion le dédale des rues et des places et pouvait même distinguer chaque maison ^ Le port, creusé de main d'homme dans l'intérieur des murs et fermé par une porte du côté de la passe \ recevait à la fois les eaux du fleuve, rendues amères par l'Océan, et les eaux douces d'une fontaine qui s'y jetait, après avoir traversé la ville \ Cette fontaine, qu'Ausone a chantée, possédait,
Clementia cœli
Mitis ubi, et riguœ larga indulgentia terras;
Verlongum, brumœque brèves
Auson. , Clar. urb, , Burdi^.
Juga frondea subsunt ; Fervent œquoreos iraitala fluenta meatus.
Id., ibid.
Quadrua muroruni species; sic turribus altis Ardua. ut aerias intrent fastigia nubes. Distinctas interne vias mirera; domorum Dispositum, et latas nomen servare plateas.
Id., ibid.
Navigeram per portam , quœ pnrtum spatiosum Hic eliam mûris spatiosa iiicludit in urbe.
Paulin., Eucharist.
Ver mediumquc urbis fontani fluminis alveiim ;
êi ce qu'on croyait, une vertu médicinale, ce qui l'avait fait consacrer à une des divinités gauloises et surnommer Divona, c'est-à-dire, la fontaine sainte*. La limpidité de ses eaux n'était pas moins remarquable que leur abondance, et, à son emboucbure dans le port, la fontaine sainte avait la consistance d'une petite rivière. A mesure que l'importance commerciale de Bordeaux avait grandi, les gouverneurs romains, les empereurs même s'étaient plu à l'embellir. A l'époque dont nous nous occupons, cette ville renfermait des thermes et un amphithéâtre, dont les ruines existent encore aujourd'hui et que la tradition, on ne sait trop pourquoi, attribue à l'empereur Gallien.
Tétricus, nous l'avons dit, était membre du sénat romain ; il avait en Italie des amis et un parti tout fait, si quelque circonstance l'appelait jamais à devenir autre chose que ce que les Italiens appelaient un Tyroti, c'està-dire un empereur provincial. Or, pareille circonstance pouvait se présenter bientôt; car Gallien, par ses folies et ses cruautés, mettait le comble à la fatigue publique. Ayant en sa possession trois. grandes provinces qu'il rendrait à l'Italie, et disposant d'une armée redoutable, Tétricus, qui n'était point un produit tumultueux des camps, et que ses lumières et ses qualités pacifiques recommandaient à la confiance des Romains, Tétricus pouvait saisir l'instant favorable, descendre de l'autre côté des Alpes, se mettre au service du sénat, et s'en faire adopter par reconnaissance. Que ce dessein fût en
Quem pater Oceanus refluo quum impleverit œstu, Adlabi toturu spectabis classibus œquor.
Auson., Clar. urb., Burdig.
l. Divona, Celtarum lingua, fons addite Divis.
Id., ibid.