LIVRE IV. — CHAPITRE II
et quelques succès qu'il eut contre les Germains^ ne firent point taire les préventions renaissantes de la soldatesque à regard d'un empereur non militaire. Livré à ses seules forces par la mort de Victoria, l'ancien sénateur romain voyait son empire s'échapper de ses mains pièce à pièce. En Espagne, le parti italien prenait chaque jour le dessus; des cités entières avaient reconnu l'autorité des princes de Rome, et nous possédons encore une inscription où la curie municipale de la ville de Barcinone (Barcelonne) appelle Claude « noire prince « très-grand, » et où l'on exalte le dévouement de la contrée à sa divinité et à sa majesté-. Des amhitions ardentes travaillaient sans relâche à la dislocation de l'armée, en présentant Tétricus comme un homme faible et malhabile, qui avait mieux aimé négocier que combattre, et n'avait réussi à rien. Un général, nommé Faustinus ^, partisan outré de la séparation , et infatigable agent de discorde, obtenait déjà dans les camps du Rhin plus d'autorité que l'Empereur lui-même. Bien informé de l'état des choses, Aurélien passa les Alpes au printemps de l'année 273, et vint combattre, avec des troupes unies et dévouées à sa personne, des troupes divisées, sans confiance ni dans leur cause ni dans leur chef.
Placé entre deux dangers également menaçants, Tétricus perdit la tête. Il écrivit à Aurélien une longue
1. Qiium multa féliciter egisset. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 196. — Cf. Eckhel, Doct. mim., vii, 456 fct seqq. — Mionnet, ir, 79 et scqq.
2. ImP. CAES. m. au. CLALDIO. PIO. FEL. ACG. PO\TIF. MAX. TRIB. POT. COS. ET. PROCOS. P. P. MAXIMOOLE. PUI\C1PI. NOSTRO. ORDO. BARC. DEVOTUS.
MMiNi. MAJESTATioi'E E.TLS. Barcinoiie. Orell., i, 1020.
3. Quum Faustini prsesidis dolo corruptis militibus plerumque peteretur. Aur. Vict., Cws., 35.
letlre où il lui exposait sa position critique, et qu'il terminait par ce vers :
Guerrier, de tous ces maux que ta main me délivre M
Sa lettre indiquait les dispositions de ses troupes et le mouvement qu'il ferait lui-même avec son fils et ses amis, pour se réfugier dans le camp romain. Les deux armées se rencontrèrent bientôt, sur les bords de la Marne, dans la vaste plaine de CMlons, destinée à servir tant de fois de champ de bataille ^ Ce qui était convenu arriva. Tétricus, au plus fort de l'action, s'étant porléen avant avec les siens ^ se fit couper et envelopper par l'ennemi, tandis que les légions rliénanes, dirigées par Faustinus, continuaient à combattre avec un courage opiniâtre \ Ainsi finit l'empire transalpin, par un acte de son chef que l'histoire a qualifié de trahison ^ et qui mérite ce nom assurément. La faiblesse de Tétricus n'absout pas sa conduite : si le changement survenu dans les affaires générales commandait l'abandon d'une œuvre longtemps utile et bonne, qui, de l'aveu même des Italiens, avait sauvé, dans l'ouest de l'Europe, la civilisa-
1. Aureliani per lifteras praesidium imploraverat. Aur. Vict., Caes., 35. — Quin etiam per occultas litteras Aurelianum ita fuerat deprecatus, ut iuter alia versu virgiliano uteretur : Eripe me bis, invicte, malis. Eutrop., i\, 13. — Treb. PolL, Trig. tyran., p. 196.
2. Apud Gatalaunios. Eutrop., i\, 13. — Clades catalaunica. Eumen., Paneg. Constantin., 4.
3. Productaad speciem acie, inter pugnam se dédit. Aur. Vict.,Ca3s., 35. Volens se gravissimo priucipi et severissimo dédit. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 190.