LIVRE IV. — CHAPITRE II
tion romaine, tant d'héroïsme de'ployé pendant quatorze ans, tant de sang- répandu méritaient un autre dénoûment. Les victoires d'Aurélien rappelaient celles du premier César, et, comme lui aussi, Aurélien n'en sut point porter l'ivresse. Dans un triomphe où il fit passer, sous les yeux du peuple de Rome, les dépouilles et les humiliations de l'Orient et de l'Occident, il affecta de mêler l'habit romain à l'habit barbare, de confondre les victimes de la guerre civile avec les captifs de !a guerre étrangère. On n'avait jamais vu rassemblés tant d'objets d'or et d'argent, de vêtements et de tissus précieux ; tant d'animaux curieux et rares destinés à être lancés ensuite dans les cirques; tant de soldats, de drapeaux, d'ambassadeurs envoyés par les nations les plus lointaines, de prisonniers amenés de tous les points du monde. Trois chars précédaient à la file celui de l'Empereur. Le premier, tout resplendissant de pierreries, avait appartenu au César Odénath; le second, d'une égale richesse, était un don du roi de Perse ; le troisième avait été fabriqué par les soins de Zénobie, au temps de ses prospérités : elle l'avait empreint avec lecherche de tous les emblèmes de sa puissance, le destinant à gravir un jour avec elle le CapitoIe^ et ne croyant pas si bien prévoir. Aurélien en montait un quatrième moins magnifique que les précédents, mais qui n'excitait pas moins l'attention ; il avait été enlevé à un roi des Goths : quatre cerfs le traînaient et l'Empereur, pour l'accomplissement d'un vœu, devait sacrifier, dans le temple de Jupiter, son bizarre attelage-. Des captifs goths, alains, roxolans, sarmates,
1. ïertius, quem sibi Zenobia composuerat, sperans se urbeni roiiuinam cum eo visuram. Vopisc, Aurelian., p. 220.
2. Fuit aliiis ciirrus quatuor cervis junctus, qui fuisse dicitur i i^is Gotthorum. Id., ibid.
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franks, suèves, vandales, marchaient devant le trioniphaleur, en silence, les mains allachées derrière le dos; on remarquait pai mi eux dix femmes germaines qui avaient été prises, combattant sous des habits d'homme. Ensuite venaient des Barbares 'e l'Orient, puis des provinciaux romains, des Égyptiens enlevés d'Alexandrie ou de Thèbes, des princes arabes et les plus riches trafiquants de la colonie de Palmyre. Des tableaux placés au bout de longues hastes indiquaient les noms de chacun des peuples vaincus.
Mais ce qui par- dessus tout attirait les regards, c'étaient les deux Tétricus, vêtus du manteau de pourpre et d'une tunique jaune avec des brayes gauloises', et Zénobie suivie de ses enfants. La reine de l'Orient élait chargée de chaînes d'or, rivées sur son cou à un carcan d'or, et que des gardes soutenaient. On l'avait tellement couverte de perles et de pierreries, qu'elle en paraissait fatiguée : plusieurs fois elle défaillit et fut obligée de s'asseoir; et, pour cacher ses angoisses intérieures, elle se plaignit que cet attirail de femme l'accablait -. La foule s'émut au spectacle de tant d'infortunes. On se récria contre l'orgueil d'Aurélien qui traînait ainsi unereinesous ses pieds; qui poussait devant ses éléphants et ses chevaux un sénateur romain, un ancien consul, i)armi des Vandales et des Sarmales^ Le blâme du sénat se fit même
t. luter hific fuit Tétricus chlamyde cocciiiea, tunica galbina, braccis gallicis ornatus, adjuncto sibi filio quem imperatorem in Gallia nuncupaverat. Vopisc, Aurelian., p. 220.
2. Fertur mulier fortissima ssepissime restitisse, qiiuin diceret se gemmarum onera ferre non posse. Treb. Poli., Trig. tyran., p. 199. — Incedebat etiam Zenobia, ornata gemniis, catenis aureis, quas alii sustentabant. Vopisc, loc. cit.
.3. Et senatus, etsi aliquanto tristior quod seiiatores triumphari videliat. kl., ibid. — Treb. Poil., Trig. tyran., p. 196.