LIVRE JV.— CHAPITRE II
entendre assez haut pour qu'Aurélien songeât à se justifier, du moins en ce qui concernait Zénobie'. Mais ce prince, devenu le maître unique de l'Empire, voulait aussi en être le maître absolu. Dans le fils de la pauvre prêtresse, comme dans le descendant des Jules, la soif de la domination provenait d'un orgueil sans mesure. Bien éloigné assurément des instincts cruels et de la basse envie qui signalèxent, dans l'histoire de Rome, les tyrans ennemis du sénat, Aurélien aimait pourtant à rabaisser ce grand corps ; il se sentait flatté quand le peuple, dans ses satires où il rencontre si souvent la vérité, le qualifiait de pédagogue des Pères Conscripts'-.
La fête triomphale finissait à peine, que ce prince redevint tel que la nature l'avait vraiment fait, généreux et grand. Il ne chercha plus qu'à consoler ses anciens ennemis, qu'à les relever de la tache ignominieuse que son orgueil leur avait imprimée. Il fit rentrer Tétricus dans le sénat, y marqua la place de son fils, confia môme au père l'administration civile de la Lucanie et de quelques portions du territoire voisin ^, en lui disant « qu'il (( était plus honorable de commander un canton de (( l'Italie, que de régner par delà les Alpes*. » Tétricus se bâtit une maison au sommet du mont Cœlius ^ près du bois sacré que la main vengeresse du peuple avait autrefois planté sur les fondements de la maison de