‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 31 sur 353 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

sénat, comme Niger celui du peuple. Sévère sentit qu'il dmait ménager un concurrent aussi hai3ile,et, sans l'appeler directement, ou sans le repousser, ce cjui eût été également dangereux, il résolut de le compromettre dans sa cause, en se l'associant à son insu, en lui décernant le titre de César, comme un hommage spontanément rendu à une haute influence et à un nom glorieux.

Ses projets ainsi arrêtés, il leva le masque. Ayant réuni son armée, il lui fit le tableau des derniers événements de Rome, retraçant avec vigueur la honte et l'anarchie qui pesaient sur elle , et déclarant qu'il obéirait aux ordres du peuple, qu'il vengerait Pertinax, et ne reconnaîtrait jamais pour son prince un obscur misérable qui avait pris l'empire à l'enchère, de la main des prétoriens K Ce dernier mot, il le savait, était le mot irritant pour le soldat légionnaire ennemi du soldat prétorien, qui méprisait et abhorrait cette troupe de parade, arrogante et lâche, couverte d'or, engraissée de gratifications par les mauvais princes, oisive, ignorante de la guerre, et qu'on voyait pourtant s'arroger le droit de faire et de défaire les Césars, chefs sacrés de toutes lesarmées, tl dit que la Gaule et la Bretagne l'excitaient à marcher sans délai à la délivrance de la ville ; que, quant à iMger, il était trop loin et trop occupé aux fêtes des Syriens pour qu'on pût penser à lui. « D'ailleurs, » ajoutat-il avec celte ironie amère qui faisait un des traits de son esprit, « ne sait-on pas qu'il ne nous vient jamais « d'Antioche que des boutlonneries-? »

1. Tantum torrre marisque impcrium nescio quis turpissinie auctionatus... Hcrodian., ii, 48.

-î. Est autem ad joca et cavillas imprimis factiim Syrorum gcnus : pvîesertim qui Antiochiain colunt, ii studcrc Nigro potissimum creduntiir. Heiodian., ii, 49.

28 lllSTOinK l)K LA GALILE.

Tout se passa coiniiic il le voulail : un soldat s'approchant de lui plaça sur ses épaules le manteau de pourpre, insigne de la dignité impériale; l'armée demanda à grands cris qu'on fixât le jour du départ; et le nouvel empereur infoi'iua de ce qui venait de se passer son rival Albinus, en lui conférant, par une double adoption, suivant l'usage, le nom de Septiniius et le litre de César ^

11 y avait trois cents ans que l'Ilalie n'avail vu la guerre étrangère ^ et cent vingt-trois que, dans la lutte de Vitellius contre Othon et Vespasien,elle avait éprouvé les derniers désastres de la guerre civile. Durant cette longue paix, elle avait désappris l'usage des armes; sa jeunesse, exemple du recrutemeni, des légions, depuis le temps d'Auguste, ne servait plus ({ue dans les cohortes prétoriennes, c'est-à-dire qu'elle faisait là un métier plutôt (pi'un service militaire ^ Bientôt le développement de la prospérité malérielle, les préoccupations des arts et du luxe, le bonlieur même dont jouit l'empire pendant près d'un siècle, enire le principat de Nerva et celui de Commode, toutes ces causes conlrihuèienl, avec la politique des Césars, à ('teindre autour de Rome la passion des armes, autrefois son orgueil et sa force.

Aussi une inexprimable frayeiir s'empara des villes italiennes au moment où ra]'m(^e d'illyrie débouclia des Alpes orientales par A([uilée; la population des campagnes se dispersait, les villes ouvraient leiii's portes et envoyaient, au-devant des légions, leui's décurions couronnés de laurier \ Mais Sévère, intéressé à la disci-

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