‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 318 sur 353 · LIVRE V. — CHAPITRE I. iOO · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I. iOO

de la vieille Ligurie se conservaient encore; et les ancêtres de Procuhis, chefs d'une tribu de la montagne, joignaient à ce titre, quand l'occasion était bonne, celui de chefs de brigands. Ils pillaient leurs voisins, enlevaient les troupeaux dans les vallées, les récoltes dans la plaine, et ouvraient les ergastules d'esclaves pour s'y recruter des compagnons : à ce moyen, dit un écrivain du temps, ils étaient devenus très-riches en bétail, en serviteurs et en meubles de toute nature ^ Formé dès le berceau par de tels exemples, Proculus avait su les surpasser encore ; et grâce à l'anarchie des discordes civiles, il était parvenu à mettre sur pied pour ses expéditions jusqu'à deux mille esclaves ai'més^ Sa femme Sampso se montrait digne de lui, et le secondait dans cette vie de brigandage par son audace et son esprit aventureux. A l'époque des grands périls de la Gaule, le cœur de Proculus se sentit touché ; il voulut porter, comme les autres, son tribut de patriotisme à la frontière du Uhin. Quittant la guerre privée pour la guerre publique, il alla prendre du service sous Victorinus ou Tétricus; et comme les hommes de sa trempe n'étaient pas à dédaigner, on ferma les yeux sur la façon tant soit peu irrégulière dont il avait fait ses premières armes. Il était actif, intrépide, assez dissolu dans ses mœurs ^ bon camarade du reste et bien vu, même des Barbares, auxquels il pouvait parler de ses liens de consanguinité avec eux. Promu rapidement en grade, il commanda plusieurs légions comme lril)un, non sans quelque dislinc-

I. Majoribus latrocinanlibus, atque adco pccore ac servis etiisrcbus quas abduxeiaf, satis clives. Vopisc, Prnciil., p. 2't6.

-2. Fertur... duo inillia servorum siioram armasse. Id., ibid.

:{. Homo, quod negari non potest, optimus idemquc fortissimus... se improbe et libidinose agebat. Id., ibid.

tion'. Dans sa nouvelle fortune, Sampso ne le laissait pas s'endormir : lui répétant sans cesse qu'un homme de son rang- pouvait bien aspirer là où tant de gens obscurs étaient arrivés, elle aiguillonnait son penchant secret-, et déjà ils en étaient à former des projets pour leur petit Hérennianus, qui devait être associé, comme Auguste, à son père, quand il aurait ses cinq ans accomplis^. Ces rêves se réalisèrent cependant, tant les chances étaient nombreuses poui- toute surpiise de ce genre dans un pays si profondément agité.

Proculus , chargé d'un commandemeni militaire dans le midi des Gaules, se trouvait à Lyon, où les esprits, inti'aitables dans leur opposition à tout ce qui venait de l'Italie, ne montraient pas moins d'efTervescence contre Probus qu'ils n'en avaient montré contre Aurélien^ Selon toute vraisemblance, l'ancien bandit ligurien renchérissait encore sur les mots piquants, sur les critiques passionnées que les Lyonnais lançaient à qui mieux mieux contre l'homme supérieur dont le génie avait sauvé leur pays. Un soir donc, après un grand repas, d'où les convives sortaient fort animés, Proculus se mit à jouer aux échecs , fit dix parties et en sortit dix fois couronné. Comme tout le monde se récriait sur son bonheur, un officier de sa garde, moitié à dessein, moitié par plaisanterie, courut chercher un

1. Multis legionibus tribunus pnefuit et fortia edidit facta. Vopisc, Procul., p. 246.

2. Huic uxor virago, qufe illum in liane prsecipitavit dementiam, nomine Sampso. Id., ibid.

3. Filius Herenniauus, quem et ipsuni, quinquennium si implesset (ita enim loquebatur ;, dicasset imperio. Id., ibid.

4. Hortantibus Lugdunensibus qui abAuieliano graviter contusi videbantur et Probum vehementissiine pertimescebant, in imperium vocitatus est. Id., ibid.

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