‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 330 sur 353 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

pas qu'Ardus Aper fût, au fond du cœur, aussi incrédule (ju'il voulait le paraître ; il est probable même qu'il comptait sur quelque éve'nement fatal : à défaut des dieux, il avait encore, pour espérer, la mauvaise disposition des troupes, et enfin sa propre habileté.

La circonstance qu'il avait prévue se présenta presque aussitôt avec un caractère tellement étrange, ((u'elie semblait donner gain de cause à la superstition. On achevait la première marche au delà de Gtésiphon', et l'Empereur, fatigué et malade, venait de se retirer dans sa tenle, quand un orage forme" à l'inq^roviste éclata avec une violence terrible, l'ne nuit subite s'abaissa sur le camp, et l'obscurité fut bientôt si profonde, (ju'on ne pouvait plus se conduire, qu'on ne s'apercevait plus les uns les autres qu'à la lueur des éclairs-. Une vive clarté, suivie du retentissement du tonnerre, sembla tout à coup envelopper la tente impériale : au bout de quelques instants, des flammes paruient, et les cris des chambellans annoncèrent que l'Empereur était mort. Quand la terreur qui glaçait toutes les âmes permit d'accourii* et d'examiner, on trouva le corps de Garus étendu sur son lit et déjà en partie consumé. Que s'était-il passé dans ce moment solennel? L'Empereur avait-il été frappé de la foudre? une main ennemie avait-elle prolité du désordre pour l'égorger et mettre ensuite le feu à sa tente? On ne le sut pas hien, et la prévention des esprits, tout

et filii ejus quœrcbat exitium... cupiens imjjerare, longius progressus esset. Vopisc, Carus, p. 250.

■ \. Apud Ctesiplionta. Aur. Vict., Epit., '.\S. — Dum Ctesiphonta urbem transgreditur. Id., Cses., 38. — Eutrop., ix, 18., — Vopisc, Cartis, p. 2r>U.

2. Tanti turbinis subito exorta tcnipestas est ut caligarent oninia, neque alter alterum iiosccrct. Vopisc, loc cit.

préoccupés de leurs propres idées, ne permit pas qu'on y son geût beaucoup. Une lettre de Calpurnius, secrétaire du prince, adressée au préfet de la ville pour lui rendre compte de l'événement, ne jeta non plus sur ses causes qu'une lumière bien douteuse. <( Tandis que notre vrai- (i ment cher empereur Carus reposait malade* dans sa (( tente, y était-il dit, il s'éleva une si grande tempête, « que tout fut couvert de ténèbres. Des éclairs et des '< tonnerres continuels nous ôtèrent la connaissance de « ce qui se passait- ; car tout à coup, et d'abord après (i ces tonnerres qui avaient consterné tout le monde, on « entendit crier : « Notre empereur est mort. » A cela « se joint que les officiers de la chambre, dans la déso- « lation que leur causait la perte du prince, mirent le <c feu à sa tente, ce qui iit courir le bruit que la foudre (( avait frappé l'Empereur, qui, autant que nous en pou- (( vous juger, n'est pourtant mort que de sa maladie ^» Le soupçon, s'il y en eut, n'osa aller jusqu'au beau-père du nouvel empereur : on aima mieux s'en tenir à l'intervention divine qui expliquait tout suffisamment*. Après cela, il n'y avait plus qu'à rebrousser chemin

1. Onu'ii (^arusprinceps nostervere carus pegrotaret. Epist. Calpurn., apud \ ' iiisc, Carus, p, 250.

"2. Coruscationum deindeac tonitruum in moduni fulgurupi igniti sideris continuata vibratio, omnibus nobis veritatis scientiam sustulit. Vopisc, ub. supr. — Fulminis tactu conflagravit. Aur. Vict., Cœs., :^8; Epit., 38. — Eutrop., ix, 18.

3. Subito enim conclaniatuni est imperatorem mortuum, et post illud praecipue tonitruum quod cuncta terruerat. His accessit quod cubicularii dolentes principis niortem, incenderunt tentorium. Unde fania emorsit fulmine intm-emptum eum, quem, quaiitum scire possumus, segritudine constat absumptum. Vopisc, loc. cit.

4. Ictu divini fulminis. Eutrop., i\, 18. Longius delatus pœnas luit. Aur. Vict., Cœs., 38; Epit., 38. — Cari imperatoris Victoria de Persis nimium potens superno numini visa est. Ruf. Sext., Brev., 24.

Page 1