X INTRODUCTION
portant des noms romains, parlant généralement la langue latine; des écoles où les lettres et la science romaines, déjà éteintes au midi des Alpes, jetaient encore un éclat assez vif; enfin des armées romaines : voilà le spectacle qui frappa les yeux des nouveaux conquérants de la Gaule. La dernière bataille livrée sous les enseignes de Rome le fut près des bords de l'Aisne ; le dernier sang versé au nom et pour la cause de l'empire romain fut du sang gaulois.
Que s'était-il donc passé, durant cet intervalle de cinq siècles, entre les Pyrénées et le Rhin? Quelles causes avaient produit cette espèce de métamorphose du sol et des hommes? Par quel travail intime, par quel enchaniement de profondes modifications, ce peuple, de gaulois qu'il était, devint-il romain? Toutes les fois qu'une nation plus civilisée en subjugue une autre qui l'est moins, il s'exerce de la première à la seconde deux actions distinctes et successives. Après l'occupation matérielle des corps et des choses commence l'occupation des idées, des croyances, des habitudes du peuple vaincu, au moyen des lois, de la religion, de l'administration, du mélange du peuple vainqueur : seconde conquête, lente, graduelle, mais sans laquelle la première manquerait de solidité et de durée, et qui a, comme celle-ci, ses résistances, ses tortures et ses larmes. Gomment s'opéra en Gaule cette conquête des intelligences et des habitudes?
INTRODUCTION. xi
Quels accidents particuliei*s la signalèrent , quel résultat en sortit? La vieille Gaule perdit-elle jusqu'aux dernières traces de son passé, et les traditions de son ancien état, et ses énergiques superstitions, et l'originalité native de ses races? Fut-elle romaine sur le modèle de l'Italie, sur celui de l'Espagne, de l'Afrique, de l'Asie Mineure, de la Grèce, ou sur le sien propre? Dans ce dernier cas, à quelle limite d'identité s'arrêta l'assimilation , et quelles causes déterminèrent cette limite? En d'autres termes, et si l'on me permet une expression insolite, mais qui rend ma pensée, comment et dans quelle mesure la Gaule fut-elle romanisée? Voilà le problème cjue j'ai osé aborder, la question que j'ai essayé de résoudre dans cet ouvrage.
Pour un pareil travail, si ardu qu'il paraisse et qu'il soit en effet, les matériaux ne m'ont point manqué. Rome concentra sous l'unité de ses lois et de ses jnœurs tant de races d'hommes répandues sous tant de climats, qu'on peut étudier son action civilisatrice simultanément sur les éléments les plus dissemblables, dans les circonstances de temps et de lieu les plus variées. Une étude approfondie de l'empire romain [ait ressortn' aux yeux du lecteur tous ces rapprochements, qui ne servent pas moins à l'intelligence philosophique de l'ensemble qu'à la couleur du récit. On y voit se dessiner de province à province, sous l'uni-