‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 5 sur 353 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

formité imposée du gouvernement et de la civilisation, les diversités de fait qui- constituent l'individualité provinciale. L'Illyrie et l'Egypte, le Pont et la Bretagne ne fournissent pas à l'Empire, si. je puis ainsi parler, la même espèce de citoyens ; on n'est pas Romain à Athènes comme à Carthage; et l'Espagnol, le Syrien, le Gaulois, furent des frères qui se ressemblaient peu. Il m'a paru que la mise en saillie de ces différences donnait une vue toute nouvelle de l'empire romain, et leur comparaison m'a servi à éclaircir nombre de faits obscurs, inexpliqués, parmi ceux-là particulièrement qui se rapportaient à la Gaule.

J'ai exposé, dans un premier ouvrage, comment le peuple romain s'établit clans la Gaule. Il y pénétra d'abord par le littoral de la Méditerranée, cent cinquante-quatre ans avant notre ère, et réduisit successivement en province une partie des cités méridionales. Un siècle plus tard, Jules César l'envahit du côté des Alpes, et la subjugua tout entière, après une guerre de dix ans.

Les nations gauloises avaient été accablées, mais non soumises; leurs soulèvements frécpents, sous Auguste, sous Tibère, sous Claude, témoignèrent hautement que l'esprit d'indépendance vivait toujours en elles, et, quoiqu'alïaibli d'année en année par la durée de l'asservissement, n'était pas facile à étein-

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dre*. Il se réveilla même, avec une vigueur toute nouvelle, pendant les guerres civiles qui, au moment de la mort de Néron, semblèrent précipiter Rome vers sa ruine et le monde romain vers sa complète dissolution.

Ainsi que je l'ai raconté ailleurs plus en détail, Yitellius, qui traînait après lui en Italie l'élite des légions romaines cantonnées sur le Rhin, n'avait pas encore passé les Alpes, que déjà un paysan boïen, nommé Marie, prenant les titres de Dieu et de Li6ëra- /eiir^j proclamait l'affranchissement de la Gaule. Propagée hardiment, l'insurrection devint générale. Les commencements en furent héroïques. On vit, près de Lyon, huit mille paysans, compagnons de Marie, attaquer presque sans armes les troupes de Yitellius et se faire tailler en pièces. Sur les bords du Rhin, le courage fut mieux récompensé. Les camps romains, dégarnis, il est vrai, d'une portion de leurs cohortes, mais encore redoutables, capitulèrent ou furent emportés d'assaut par une multitude à peine organisée; et le soldat des Césars dépouillé de ses enseignes remplacées par le drapeau gaulois, contraint de prêter, sous des chefs gaulois, serment de fidélité à V Empire des Gaules^ subit une humiliation qui dépas-

i. Histoire des Gaulois, t. II, livre viii, ch. 2.

2. Assertor Gallianim et Deus : nomen id sibi indiderat. Tac, Hist., Il, 0.

XIV liNTRODUCTIOX.

sait toutes les ignominies des Fourches Caudines '.

Tout alla bien tant qu'il ne s'agit que de combattre ; mais dès qu'il fallut constituer un gouvernement et préparer la défense ultérieure d'après un plan commun, les difficultés se manifestèrent, et, de toutes parts, la dissidence éclata. Ouelle serait la forme de ce gouvernement? Dans quel lieu en placerait-on le siège ■'^ Quelle cité aurait la prépondérance parmi toutes? Ces questions, sur lesquelles, au fond, il n'était pas aisé de s'entendre, se compliquaient et s'envenimaient encore par les rivalités des chefs et les prétentions des dilTérents ordres.

Des causes que j'ai exposées dans mon Histoire des Gaulois, et dont la principale résidait dans le caractère même des races kimro-galliques, avaient nourri de tout temps entre les cités gauloises une incurable désunion. Ce funeste esprit de discorde n'avait que trop bien secondé, pendant les guerres de la conquête, la politique de César et la bravoure de ses légions. L'administration impériale continua d'exploiter des dispositions si précieuses pour les conquérants. Auguste, par de nouvelles circonscriptions territoriales adroitement combinées, brisa les vieilles confédérations, déplaça les centres de suprématie, opposa sous vingt rapports les cités aux cités, les villes aux villes;

1. Juravere qui adcraiit pio imporio Galliarura. Tac, Hist., n, 5ÎK

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et l'inégalilé que ce prince et ses successeurs inlroduisirent à dessein dans la répartition des charges ou des faveurs acheva d'aigrir les défiances mutuelles. Les cités, d'ailleurs, n'arrivaient pas toutes à la fuis au même degré dans la civilisation de leurs maîtres : les unes restaient plus opiniâtrement gauloises, les autres se pliaient avec plus de flexibilité aux allures romaines. 11 en résultait encore des antipathies, encore des déchirements; et c'était pourtant de ce chaos d'éléments discords qu'il fallait faire sortir un gouvernement unique.

D'abord, la Belgique éleva des prétentions, en apparence assez fondées, à la direction du nouvel ordre de choses. Presque seule, elle avait supporté le poids de la guerre d'affranchissement; Tutor et Classicus, collègues duBatave Civilisdansla glorieuse campagne du Rhin, étaient Tré vires : pouvait-on espérer de rencontrer ailleurs des chefs plus braves et plus heureux? L'administration romaine elle-même avait fixé à Trêves la résidence des lieutenants impériaux, dont l'autorité embrassait une notable partie des Gaules : l'empire gaulois, fondé par les Belges, aurait-il pour premier résultat de dépouiller leur principale ville, et de détruire une suprématie d'usage, que les services récents avaient si solennellement consacrée? En Belgique, tout était militaire. Placées dans le voisinage des camps romains, habitant pêle-mêle

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