‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 46 sur 353 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

et furent poursuivies, l'épée dans les reins, jusqu'à leur camp où les Illyriens pénétrèrent avec elles.

A Taile gauche, mélangée de troupes de Tarmée d'Orient, parmi lesquelles se trouvait la légion arabique \ les choses prirent une tout autre face. Les légions de Bretagne, qui formaient la droite d'Albinus, avaient, durant la nuit précédente, préparé un stratagème que leur avait suggéré peut-être l'habitude de ces guerres d'embûches qu'elles soutenaient contre les sauvages de la Calédonie. Elles avaient creusé ou miné le sol à une grande distance devant elles, en recouvrant leurs travaux de claies, de terre et de broussailles pour qu'ils ne fussent pas aperçus-. Au signal convenu, ces légions s'avancèrent en poussant de grands cris jusqu'à la limite du terrain miné, puis elles s'arrêtèrent brusquement^ comme frappées de terreur, et se mirent à faire retraite. Cette feinte trompa les soldats de Sévère. S'élançant avec ardeur à la poursuite de l'ennemi qu'ils voyaient fuir, ils arrivèrent en masse sur la voûte fragile, qui fléchit et fut bientôt enfoncée. Il y eut là un désordre et un carnage etïroyables. Les soldats de Bretagne, revenus sur leurs pas, n'avaient qu'à frapper et à égorger, tandis que leurs adversaires, emportés par leur premier élan, venaient culbuter sur ces monceaux d'hommes et de chevaux expirants '.

1. Cette disposition des troupes de Sévère et d'Albinus m"a paru résulter du texte de Spartien comparé avec ceux de Dion et d'Hérodien.

'2. Milites Albiniani , ii qui dextrum cornu tenebant , habebantque ante se caecas fossas, tecta ipsarum superficie, ad eas usque progressi, jaculabantur eminus , neque longius progrediebantur , sed simulato maximo timoré statim retroccdebant, ut hostes ad insequendum se pellicercnt, id quod evenit. Dio, lxxv, G.

3. Fuit horum, et corum qui in foveas inciderunt magna cœdes, equorum paritL'r atque homimun. Id., il)id.

aO IIISTOIRI': DK LA GALLF..

Sévère, du ccnlie où il ('lait, aperçut ce désordre el se porta en avaiil avec ses prétoriens; mais leurs braves cohortes ne purent se taire jour. Bientôt même, criblées de balles et de traits pai- les frondeurs et les archers d'Albinus, elles commencèrent à s'ébranler. La cavaleiie de réserve, qui pouvait tourner le terrain miné et charger l'ennemi en flanc, ne paraissait point, et l'on cria de toutes parts que Lœtus, qui la commandail, ti-ahissait. Le bruit se répandit aussi que la légion arabique passait avec ses enseignes à Tennemi^ Ce ne fut pas tout : on vit Sérère, qui était accouru à la tète de ses prétoriens, et qu'on distinguait aisément à son vêtement de pourpre, chanceler et tomber avec son cheval, atteint par une balle de fronde "-. Il y eut alors dans toute l'aile gauche une déroute, un sauve qui peut universel.

Mais Sévère n'était ni tué ni blessé, son cheval seul avait été frappé mortellement. Parvenu, non sans peine, à se dégager, et jetant bas son manteau qui pouvait le désigner aux coups de l'ennemi, il se précipita, l'épéeà la main, dans ce torrent de fuyards qui entraînait tout avec lui. Là, il s'épuisait en efTorts pour les retenir; il saisissait ses plus proches voisins, menaçant les uns, suppliant les autres, répétant qu'il voulait mourir pour n'être pas témoin de leur ignominie ^. La vue du prince qu'ils croyaient mort, le son de sa voix émurent les prétoriens. Ils s'arrêtent, ils l'entourent, ils lui jurent de ne pas l'abandonner. Un d'eux amène un cheval et l'y place. Un autre lui remet, sur les épaules, la pourpre impériale

i. Legio arabica defecisse ad Albinum nunciata est. Spartian. , Sever., 68.

2. Ita ut mortuus ictu plumbeae crederetur. Spartian., Sever,, 68.

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