‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 75 sur 353 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

table destinée de ces hommes, à qui la Providence avait confié une mission qui ne se représentera plus, celle de régler, sur les bases de l'équité naturelle, à la fois le monde et la famille; de peser les droits des peuples dans la grande communauté romaine, et ceux de l'enfant, de l'épouse ou du père dans la communion du foyer domestique ! Placés, par la force des choses, près des mauvais princes comme près des bons, ils travaillent silencieusement à leur œuvre, poursuivant tous la même idée, et se transmettant de génération en génération le dépôt sacré des progrès du monde, jusqu'à ce que le monde soil; changé. Sous les bons princes, ils affrontent l'épée des prétoriens; sous les mauvais, c'est le prince lui-même qu'ils affrontent. A de pareilles époques, où la liberté politique a perdu jusqu'à son nom \ où le travail lent et caché de l'organisation d'un grand empire a succédé aux débats animés des ordres et au conflit des théories, il n'y a plus de place pour Caton déchirant ses entrailles; mais des âmes comme la sienne savent trouver encore de beaux dévouements à côté de Papinien et d'Ulpien.

Pendant le séjour du fds de Sévère en Gaule, une étrange fantaisie traversa son esprit malade. 11 se prit de passion pour un vêtement du pays appelé caraoalle, espèce de tunique à capuchon faite de plusieurs bandes d'étoffe cousues ensemble ^ ; et non-seulement il l'adopta

1. Dès lo temps de Trajan, on appelait liberté le gouvernement impérial sous un bon i)rince. Tac, Agr., 3. On peut voir aussi Marc-Antonin El; saytôv, i, H.

2. Id barbarum discissumqne et consutum erat ex multis partibus, eoque indutus erat semper, ex quo Caracallus cognominatus est : jussitque militibus ut se eodfm grnere vestis induerent. Dio, lxxyiii, 3. — Spartian., Carac, not. Salm., 105.

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pour son iisago et 1(^ plia à riiabillement drs soldats romains, mais il se mil en tète (Ven afTul)ler aussi le bas peuple de Rome. La caracalle telle que les Gaulois la portaient, courte et dégagée de manière à ne gêner ni les mouvements du corps ni la marche, convenait bien à la vie militaire ; pour l'accommoder aux habitudes civiles, il la fit fabriquer ample et traînante ^ Pendant un voyage de quelques jours qu'il fit à Rome, en 213, pour y célébrer des jeux, et y distribuer des vivres et de l'argent aux prétoriens et au peuple ^, il comprit dans ses libéralités une distribution de caracalles. Les habitants de Rome s'amusèrent de cette folie ; tout le monde voulut essayer des nouvelles tuniques qu'on appela anloniiiiennes^; de la ville, la mode gagnâtes provinces, et Vantoninienne s'introduisit dans l'usage habituel. Vêtement commode et sans façon, elle servit plus tard de modèle au costume des cénobites chrétiens de la Thébaïde *. Les historiens n'auraient pas enregistré ce détail, au fond assez puéril, s'il ne s'y rattachait pas une circonstance qui le rend presque important. Tandis que le nom de l'empereur romain passait par honneur au vêtement gaulois, celui du vêtement gaulois passa par dérision à l'empereur romain. Dans les conversations de l'intimité, dans les correspondances secrètes, et bien secrètes, il n'est pas besoin de le dire, on n'appela plus le fils de Sévère

1. Demissum usquR ad talos (vestimentum), quod antea non fuerat. Spartian.,Carac., 89. — Quum talarescaracallas fecisset. Aur. Vict., Cies.

2. Eckhel, Doctr. num., vu, 209, '210. — Tillem., Hist. des Einp., ]II, 127.

3. Unde hodieque antoninianos dicuiitur caracallcV Inijusmodi. Spartian., Carac, 89.

4. Consultez Saumaise, dans ses notes sur Spartien : Hist. Aug. script., p. 165.

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