‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 94 sur 353 · Tac, Germ., 2. — V. plus haut, p · texte numérisé non relu

Tac, Germ., 2. — V. plus haut, p

8. Freija, Frea, Frigga. — Freydagr, Freytag , Friday, vendredi (Veneris dies).

J.INllE II. — CHAlMTIiE J. 107

niques ; ils ne leur attribuaient ni figures, ni autels, ni temples; ils se les peignaient, sous un vague terrible, errant dans robsciirité des forêts sacrées, sur une terre baignée trop souvent de sang humain, et où Ton ne se hasardait qu'en frissonnant ^

Mais, au milieu des symboles de ce grossier naturalisme, on en voit apparaître quelques-uns qui appartiennent évidemment à un polythéisme plus développé, où les foi'ces morales du mond(^ commencent à être l'eprésentées à côté de ses forces matérielles, où la personnalité des dieux se dessine avec une netteté de plus en plus grande. Cette révolution religieuse, dont la trace s'aperçoit dans les documents romains, en dépit de leur brièveté confuse, se lit plus clairement dans les documents traditionnels des Scandinaves. Ces vieux et curieux récits nous montrent la Scandinavie convertie ou subjuguée, un siècle environ avant notre ère, par des prêtres guerriers, venus d'Asie, qui fondent un nouveau culte, ens'appiopriant les débris de l'ancien. 11 se forme des deux religions un amalgame bizarre, dans lequel le chef des réformateui-s conquérants, appelé lui-môme Odin, probablement comme cbef des nouveaux dieux, se confond avec le vieil Odin, personniiication du ciel, et devient à la fois le dieu supi'ême et le dieu de la guerre-. Son fils se confond pareillement avec Tlior; sa temme s'identilie laiil(M avec Freyo, tantôt avec Weri/if?; sps compagnons passent (la))s d'aulres personnages symboliques delà vieille m\ Ihologie, et vont peupler, avec la lamille d'Odin, l'Olympe du nouveau culte, le ValhaUu,

1. Liicos ac iiemora consccraiil, clconimqiic noininibus adpellant secrctuni illiid, ((iind sola rcverentia vident. Tac, Gcnii., 9; Cf. 39, 40. "1. Filin MagiiiiNcn, Vct. lion-al. Mytliul. Loxic, vor. Odin.

108 HISTOIHK DK LA GAULK.

OU palais des moris. Kondeo sur uu polytliéisiup plus net que Tancien, et siir la croyance en une vie à venir réservée aux l)rn\es, la l'elij^ion d'Odin fut énergique et toute empreint(^ de la passion de la guerj'e ; ses prédicateurs ne niarclièreiil (|u"ann(''s du uiarleau et de Tépée. De nie de Scandie, son loNcr, elle rayonna et s'étendit successivement sur la côte de la Baltique, et dans Tintérieur de la Germanie.

Les vices pi'incipaux qui acconqiagnent la vie ])arbare ne manquaient point au Germain : il méprisait le travail; il était emporté, intempérant et joueur. Telle était sa passion pour les jeux de hasard, que, (piand il avait tout perdu, on le voyait encore risquer, dans un dernier coup de dés, sa liberté et sa personnel

L'influence exercée parle voisinage de l'empire romain, de bonne lieure assez grande sur la frontière, allait en diminuant à mesure qu'on s'éloignait du lUiin et du Danube. Il y avait donc réellement trois zones particulières d'habitudes et dévie sociale dans la Gerjnanie ; le midi où s'exerçait l'action de la civilisation romaine, le centre où les mœurs primitives se conservaient encore intactes, et le nord soumis à l'impulsion des réformateurs Scandinaves. Les peuples du centre se faisaient une vertu de leur rudesse, proscrivaient l'usage du vin et fermaient quelquefois leur territoire aux trafiquants romains ou gaulois^. Ceux du Rhin et du Danube avaient pris le besoin de ces relations de commerce, qui leur fournissaient jusqu'A leurs vêtements ^ Les Romains n'accordaient pourtant pas à tous la mèjne étendue et la

1. Quum oninia defccorunt, extremo ac novissimo jactu de liljcrtate et de corpore contendunt. Tac, Gcrm., 24.

Page 1